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 De la croisade contre les albigeois.

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G PHOEBUS

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MessageSujet: De la croisade contre les albigeois.   Sam 18 Fév - 12:52

De la croisade contre les albigeois.


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Les querelles sanglantes de l’empire et du sacerdoce, les richesses des monastères, l’abus que tant d’évêques avaient fait de leur puissance temporelle, devaient tôt ou tard révolter les esprits, et leur inspirer une secrète indépendance. Arnaud de Brescia avait osé exciter les peuples jusque dans Rome à secouer le joug. On raisonna beaucoup en Europe vers le douzième siècle sur la religion. Il se trouva des hommes qui ne voulurent de loi que l’évangile, et qui prêchèrent à peu près les mêmes dogmes que tiennent aujourd’hui les protestants. On les nommait vaudois, parce qu’il y en avait beaucoup dans les vallées du Piémont ; albigeois, à cause de la ville d’Albi ; bons hommes, par la régularité dont ils se piquaient ; enfin manichéens, du nom qu’on donnait alors en général aux hérétiques. On fut étonné vers la fin du douzième siècle que le Languedoc en parût tout rempli.
Dès l’an 1198 le pape Innocent III délégua deux simples moines de Cîteaux pour juger les hérétiques : nous mandons, dit-il, aux princes, aux comtes,… etc. Ce fut le premier fondement de l’inquisition.
Un abbé de Cîteaux fut nommé ensuite avec d’autres moines pour aller faire à Toulouse ce que l’évêque devait y faire. Ce procédé indigna le comte de Foix et tous les princes du pays, déjà séduits par les réformateurs, et irrités contre la cour de Rome.
La secte était en grande partie composée d’une bourgeoisie réduite à l’indigence par le long esclavage dont on sortait à peine, et encore par les croisades. L’abbé de Cîteaux paraissait avec l’équipage d’un prince. Il voulut en vain parler en apôtre. Le peuple lui criait, quittez le luxe ou le sermon. Un espagnol évêque d’Osma, très homme de bien, qui était alors à Toulouse, conseilla aux inquisiteurs de renoncer à leurs équipages somptueux, de marcher à pied, de vivre austèrement, et d’imiter les albigeois pour les convertir. st Dominique, qui avait accompagné cet évêque, donna l’exemple avec lui de cette vie apostolique, et parut souhaiter alors qu’on n’employât jamais d’autres armes contre les erreurs. Mais Pierre de Castelnau, l’un des inquisiteurs, fut accusé de se servir des armes qui lui étaient propres, en soulevant secrètement quelques seigneurs voisins contre le comte de Toulouse, et en suscitant une guerre civile. Cet inquisiteur fut assassiné. Le soupçon tomba sur le comte de Toulouse.

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Le pape Innocent III ne balança pas à délier les sujets du comte de Toulouse de leur serment de fidélité. C’est ainsi qu’on traitait les descendants de ce Raimond de Toulouse, qui avait le premier servi la chrétienté dans les croisades.
Le comte, qui savait ce que pouvait quelquefois une bulle, se soumit à la satisfaction qu’on exigea de lui. Un des légats du pape, nommé Milon, lui commande de le venir trouver à Valence, de lui livrer sept châteaux qu’il possédait en Provence, de se croiser lui-même contre les albigeois ses sujets, de faire amende honorable. Le comte obéit à tout.
On voyait d’un côté le duc de Bourgogne, le comte de Nevers, Simon comte de Montfort, les évêques de Sens, d’Autun, de Nevers à la tête de leurs troupes, et le malheureux comte de Toulouse au milieu d’eux comme leur otage : de l’autre côté des peuples animés par le fanatisme de la persuasion. La ville de Béziers voulut tenir contre les croisés. On égorgea tous les habitants, réfugiés dans une église. La ville fut réduite en cendres. Les habitants de Carcassonne, effrayés de cet exemple, implorèrent la miséricorde des croisés. On leur laissa la vie. On leur permit de sortir presque nus de leur ville, et on s’empara de tous leurs biens.
On donnait au comte Simon de Montfort le nom de Maccabée, de défenseur de l’église. Il se rendit maître d’une grande partie du pays, s’assurant des châteaux des seigneurs suspects, attaquant ceux qui ne se mettaient pas entre ses mains, poursuivant les hérétiques qui osaient se défendre. Les écrivains ecclésiastiques racontent eux-mêmes, que Simon de Montfort ayant allumé un bûcher pour ces malheureux, il y en eut cent quarante qui coururent, en chantant des psaumes, se précipiter dans les flammes. En dépeuplant ainsi le Languedoc, on dépouillait le comte de Toulouse. Il ne s’était défendu que par les négociations. Il alla trouver dans saint Gilles les légats, les abbés qui étaient à la tête de cette croisade. Il pleura devant eux. On lui répondit que ses larmes venaient de fureur. Le légat lui laissa le choix, ou de céder à Simon de Montfort tout ce que ce comte avait usurpé, ou d’être excommunié. Le comte de Toulouse eut du moins le courage de choisir l’excommunication. Il se réfugia chez Pierre II roi d’Aragon, son beau-frère, qui prit sa défense, et qui avait presque autant à se plaindre du chef des croisés que le comte de Toulouse. 
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Cependant l’ardeur de gagner des indulgences et des richesses multipliait les croisés. Les évêques de Paris, de Lisieux, de Bayeux accourent au siége de Lavaur. On y prit prisonniers quatre-vingt chevaliers avec le seigneur de cette ville, que l’on condamna tous à être pendus ; mais les fourches patibulaires étant rompues, on abandonna ces captifs aux croisés qui les massacrèrent. On jeta dans un puits la sœur du seigneur de Lavaur, et on brûla autour du puits trois cent habitants qui ne voulurent pas renoncer à leurs opinions.
Le prince Louis, qui fut depuis le roi Louis VIII se joignit à la vérité aux croisés pour avoir part aux dépouilles ; mais Simon de Montfort écarta bientôt un compagnon qui eût été son maître. C’était l’intérêt des papes de donner ces pays à Montfort ; et le projet en était si bien formé, que le roi d’Aragon ne put jamais par sa médiation obtenir la moindre grâce. Il paraît qu’il n’arma que quand il ne put s’en dispenser.
La bataille qu’il donna aux croisés auprès de Toulouse, dans laquelle il fut tué, passa pour une des plus extraordinaires de ce monde. Une foule d’écrivains répète que Simon de Montfort  avec huit cent hommes de cheval seulement et mille fantassins attaqua l’armée du roi d’Aragon et du comte de Toulouse, qui faisaient le siége de Muret. Ils disent que le roi d’Aragon avait cent mille combattants, et que jamais il n’y eut une déroute plus complète. Ils disent que Simon de Montfort, l’évêque de Toulouse et l’évêque de Comminges divisèrent leur armée en trois corps en l’honneur de la sainte trinité.
Mais quand on a cent mille ennemis en tête, va-t-on les attaquer avec dix-huit cent hommes en pleine campagne, et divise-t-on une si petite troupe en trois corps ? C’est un miracle, disent quelques écrivains ; mais les gens de guerre qui lisent de telles aventures, les appellent des absurdités. Après cette victoire, le pape tint un concile général à Rome. Le comte de Toulouse vint y demander grâce. Je ne puis découvrir sur quel fondement il espérait qu’on lui rendrait ses états. Il fut trop heureux de ne pas perdre sa liberté. Le concile même porta la miséricorde jusqu’à statuer qu’il jouirait d’une pension de quatre cent marcs d’argent.

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Quand Innocent III fut mort, Raimond de Toulouse ne fut pas mieux traité. Il fut assiégé dans sa capitale par Simon de Montfort ; mais ce conquérant y trouva le terme de ses succès et de sa vie. Un coup de pierre écrasa cet homme, qui en faisant tant de mal avait acquis tant de gloire.
Il avait un fils à qui le pape donna tous les droits du père ; mais le pape ne put lui donner le même crédit. La croisade contre le Languedoc ne fut plus que languissante. Le fils du vieux Raimond, qui avait succédé à son père, était excommunié comme lui. Alors le roi de France Louis VIII se fit céder par le jeune Montfort tous ces pays que Montfort ne pouvait garder ; mais la mort arrêta Louis VIII au milieu de ses conquêtes ; et cet état ne fut entièrement au pouvoir des rois de France que sous Philippe le Hardi.
Les papes partagèrent la dépouille. Le jeune comte de Toulouse fut obligé de leur céder en 1228 le Comtat Venaissin qui comprenait cinq petites villes. C’était son asile ; c’était un fief de l’empire, ainsi que toutes les terres en delà du Rhône. Il eût été à souhaiter que le saint siége eût eu sur ce petit état un droit moins odieux, et qu’il n’eût pas été le prix du sang. L’intelligence de la cour de France avec le pape Grégoire IX ravit à la maison de Toulouse ce reste de son héritage qu’elle possédait depuis Charlemagne. La mésintelligence entre l’empereur Frédéric II et le même Grégoire IX rendit au comte de Toulouse ce petit pays. L’empereur comme suzerain, et comme suzerain outragé, fit justice. Philippe le Hardi roi de France, en se mettant depuis en possession du grand comté de Toulouse, remit aux papes le Comtat Venaissin, qu’ils ont toujours conservé par la libéralité des rois de France. La ville et le territoire d’Avignon n’y furent point compris. Elle passa dans la branche de France d’Anjou qui régnait à Naples, et y resta jusqu’au temps où la malheureuse reine Jeanne de Naples céda enfin aux papes cet héritage à perpétuité.
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Pendant le règne de saint Louis, le pape envoya dans le pays des albigeois, qui était alors fort tranquille, deux dominicains et un cordelier avec le titre d’inquisiteurs. Les deux dominicains s’y rendirent si odieux, que le peuple les chassa de la ville. Rome fut même obligée de suspendre longtemps l’inquisition ; mais elle fut enfin rétablie. Cependant la secte subsista toujours, mais faible, peu nombreuse, et cachée dans l’obscurité. Ce fut cette secte qui attira sur l’Europe le fléau de l’inquisition. Le pape Innocent IV l’établit dans toute l’Italie, excepté Naples, comme un nouveau tribunal qui affermirait l’autorité du saint siége. Nous verrons dans la suite quelles cruautés ce tribunal a exercées dans l’Espagne et dans le Portugal.
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