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 Abraham Hyacinthe Anquetil-Duperr

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Olympe de G



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MessageSujet: Abraham Hyacinthe Anquetil-Duperr   Mer 1 Fév - 22:05




Abraham-Hyacinthe Anquetil-Duperron
médaillon de Pierre-Jean David d'Angers, XIXe siècle
(fondeurs Eck et Durand)
musée d'Angers, galerie David d'Angers
© cliché Musées d'Angers



Après des études théologiques en Sorbonne (où il s’initia à l’hébreu), puis au séminaire d’Auxerre, foyer janséniste, Abraham-Hyacinthe Anquetil, quatrième enfant d’une nombreuse famille, fréquenta des milieux vieux-catholiques en Hollande où, passionné par l’Orient, il étudia l’arabe et le persan. Peu attiré par l’apostolat, il revint à Paris poursuivre l’étude des langues et des religions d’Asie à la bibliothèque du roi.



En 1754, examinant les décalques de quatre feuillets du Vendîdâd de la Bodléienne, il résolut de s’attaquer au déchiffrement des textes sacrés de la Perse et de se rendre en Inde. Il s’enrôla comme simple soldat mais, grâce aux démarches d’amis et de protecteurs, son engagement fut annulé. Il reçut un pécule et la Compagnie des Indes lui accorda « passage franc, cabine et table du capitaine ». Le 7 février 1755, le vaisseau Duc d’Aquitaine appareilla pour Pondichéry où il accosta le 10 août.



Cependant, la guerre venait de reprendre entre les Anglais et la Compagnie et il lui fut difficile de nouer des contacts avec la communauté Parsi, ces descendants des Iraniens émigrés en Inde vers le Xe siècle. Anquetil-Duperron parcourut le pays et atteignit Surate, au Gujerat. Là, moyennant 100 roupies, il put recopier le manuscrit du Vendîdâd en zend et en pehlvi. En janvier 1757, son frère Anquetil de Briancourt devint chef du comptoir français de cette localité : Abraham-Hyacinthe reçut alors divers manuscrits, entre autres la traduction du Vendîdâd en persan moderne, qui porte au recto du premier feuillet une note de sa main : « traduction du manuscrit de Zerdust (Zoroastre), législateur des Parsi (anciens Persans, Guèbres) ».Durant trois ans, il travailla sur les livres sacrés de la religion mazdéenne, sous la direction du prêtre Darab, qui lui fit même visiter, déguisé en parsi, le temple où officiait son fils. Pondichéry étant tombée aux mains des Anglais, il dut rentrer en mars 1761, rapportant en Europe 180 manuscrits, qu’il déposa à la bibliothèque du roi.



En 1763, il fut nommé associé de l’Académie des inscriptions et belles-lettres : il n’avait pas encore 32 ans. C’est en 1785 que ce savant modeste mais résolu, d’un caractère difficile, fut admis dans la classe des pensionnaires. Entre-temps, il avait accompli une tâche énorme. En 1771 parurent les trois volumes du Zend-Avesta, qui présentaient l’essentiel de ses découvertes ; ils suscitèrent nombre de polémiques, surtout en Angleterre. Puis ce fut La législation orientale en 1778, ses Recherches historiques et géographiques sur l’Inde en 1786, et l’Inde en rapport avec l’Europe en 1790.Très isolé, irascible et ombrageux, il traversa la Révolution en continuant à travailler sur les livres sacrés de l’Inde d’après leurs versions persanes. En 1804, il publia les deux volumes Oupnek’hat ox Oupanichad (théologie des Védas), traduction latine de textes didactiques, védiques et postvédiques, exécutée d’après une version persane de 1656.



Presque aveugle, secouru par ses frères, Anquetil-Duperron manifesta encore la vigueur de ses principes en refusant de prêter serment de fidélité et en menaçant de démissionner de l’Institut de France lors de sa réorganisation en 1804 par Napoléon. Par le discours prononcé à ses obsèques, Sylvestre de Sacy lui ouvrit les chemins de la gloire. Des documents qu’il a rapportés et de ses études sont sortis les travaux de Burnouf et de Darmesteter ; c’est grâce à ce pionnier de l’indianisme qu’ont pu être présentées les premières tentatives de reconstitution de la religion de Zoroastre.



Jean Leclant
secrétaire perpétuel de l’Académie des inscriptions
et belles-lettres
président du Haut comité des célébrations nationales


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E Cioran
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Olympe de G



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MessageSujet: Re: Abraham Hyacinthe Anquetil-Duperr   Mer 1 Fév - 22:12

Mars 2015 : Les traductions de l'Avesta et des Upanishad par Abraham Hyacinthe Anquetil-Duperron

Pendant longtemps, jusqu'à la fin du 17e siècle, les Européens ne savaient rien de l'existence de l'Avesta, le livre sacré des anciens Persans et des Parsis, leurs héritiers. C’est seulement en 1700 que l'orientaliste anglais Thomas Hyde publia à Oxford un ouvrage sur l'histoire de l'ancienne religion iranienne. Ce fut la première étude sur le mazdéisme, écrite à partir de sources arabes et persanes. Un peu plus de deux décennies plus tard, un autre Anglais, George Bourchier, puis un Écossais, Frazer, rapportèrent de Surat des ouvrages rédigés en « zend » comme on disait à l'époque, et en particulier un exemplaire du Vendidad Sadé, un livre de liturgie faisant partie de l'Avesta. Mais à l’époque, personne n'était capable de déchiffrer ces textes. C'est alors qu'intervient Abraham Hyacinthe Anquetil-Duperron, le « Champollion » de l'ancien perse.
     
En 1754, ce jeune et ambitieux attaché de la Bibliothèque du Roi a l'occasion de voir à Paris le calque de quatre feuillets du Vendidad Sadé déposé à Oxford. Il décide de partir à la recherche « des ouvrages attribués à Zoroastre », de trouver la clef de leur langue mystérieuse et de s'en faire le traducteur. Pressé de partir, il s'engage à l'âge de vingt-trois ans comme soldat de la Compagnie française des Indes orientales.
De 1755 à 1762, il parcourt le pays et découvre dans la région du Surat une communauté zoroastrienne, avec ses prêtres qui détiennent les écrits de Zoroastre dont ils font usage dans la liturgie quotidienne. Il réussit à gagner leur confiance, apprend la langue des Parsis et parvient à obtenir, puis à étudier et à traduire les textes sacrés zoroastriens réunis dans l'Avesta. Vers la fin de son voyage en 1761, Anquetil a réuni 180 manuscrits, des échantillons de presque toutes les langues de l'Inde, l'Avesta complet et les premiers feuillets des Védas. Voilà ce qu'il note à ce sujet dans son journal : « Il est bien consolant pour moi d'arriver à Paris avec les manuscrits les plus rares qu'on ait jamais vus ; de développer les mystères de Zoroastre ; de découvrir une nouvelle histoire ; de présenter des livres, dont l'antiquité le dispute aux nôtres, et de ne trouver personne en état de juger mon travail ».
Rentré en France, Anquetil remet ces manuscrits à la Bibliothèque du Roi et continue son travail d'analyse et de traduction des textes sacrés. C'est en 1771 qu'il publie enfin les trois volumes de son Zend-Avesta, dont le premier est rempli par un Discours préliminaire où il raconte en 500 pages son aventure.
Cette publication va être à l'origine de vives polémiques. Les Encyclopédistes, qui avaient salué l'entreprise d'Anquetil, espéraient trouver dans l'Avesta de la philosophie, de la sagesse et certainement pas des cantiques rituels et des recettes liturgiques. Voltaire et Diderot contestent ses mérites, Grimm le poursuit de ses sarcasmes. On lui reproche d'abord d'être allé chercher en Inde des documents qui existaient déjà à Paris, ce qui était faux, d'autant que les quelques documents disponibles en Occident restaient sans traduction, personne ne connaissant les idiomes dans lesquels ils étaient rédigés. Ses adversaires, français et anglais, l'accusèrent d'avoir inventé les faits, d'avoir même inventé le personnage de Zoroastre à partir de l'histoire de Moïse, de n'avoir qu'un savoir élémentaire ou de n'avoir pas les connaissances dont il se vantait.
C'est en 1833 que la nouvelle traduction de l'Avesta par Eugène Burnouf vient établir la vérité : s'il en ressort que celle d'Anquetil est parfois contestable, du moins est-il désormais hors de doute que son effort de « débrouiller les archives du genre humain », fut parfaitement honnête : Les diverses parties de l'Avesta peuvent prêter à des discussions de date, mais ni l'authenticité ni l'antiquité n'en sont sujettes à caution. Il faut lire Burnouf rendant justice à Anquetil : « En donnant au public une version que tout l'autorisait à croire fidèle, Anquetil a pu se tromper, mais il n'a certainement voulu tromper personne ; il croyait à l'exactitude de sa traduction, parce qu'il avait foi dans la science des Parsis qui la lui avaient dictée... Il n'est pas responsable des imperfections de son ouvrage, la faute en est à ses maîtres, qui lui enseignaient ce qu'ils ne savaient pas assez... » En effet, les prêtres parsis se transmettaient l'esprit de leur Livre sacré sans plus en savoir la lettre, d'où résulte une certaine inexactitude de cette première traduction. La publication du Zend-Avesta en 1771 reste donc un fait décisif qui marque un changement d'époque. Désormais, le zoroastrisme et la personne de son fondateur présumé échappent au domaine de la querelle philosophique pour devenir objet de science et de philologie.
Mais l'histoire ne s'arrête pas là : trente ans après son travail pionnier que fut la traduction de l'Avesta, Anquetil-Duperron parvient à publier à Strasbourg une autre partie de ses manuscrits, une cinquantaine d'Upanishad, sous le titre Oupnek'hat, id est, Secretum tegendum (2 vol., 1801-1802). Il avait reçu ces manuscrits en 1775 de son ami le colonel Gentil (alors résident français à Faizabad) et en avait d'abord fait une traduction française, mais la trouva lui-même infidèle. Il choisit finalement le latin comme langue de traduction et se remit à traduire, ce qui lui prit en tout vingt années de travail. À propos de ce texte, Schopenhauer, qui sut comprendre ce « latin persan », déclara que sa connaissance des philosophies hindoues, lesquelles influencèrent grandement son œuvre, était issue de cette lecture. Ainsi, pour la deuxième fois, Anquetil rendait aux fidèles d'Asie un de leurs textes sacrés : c'est par sa traduction que reprit, dans l'Inde même, avant de revenir en Europe pour n'y plus être interrompue, l'étude des Upanishads.
Il a fallu attendre le siècle suivant pour que tous les mérites d'Anquetil-Duperron soient reconnus et qu'il soit considéré comme le révélateur du zoroastrisme et de la philosophie hindoue en Occident. Malgré sa traduction parfois inexacte de l'Avesta, il est l'un des pionniers de l'étude de la pensée religieuse persane et indienne en Europe. À son décès, à Paris en 1805, il laisse de nombreux travaux, certains inachevés, parmi lesquels des ébauches de dictionnaires de malayalam, sanskrit et télougou. Une partie de sa collection est actuellement conservée à la Bibliothèque nationale de France, dans les départements des manuscrits occidentaux et orientaux.
L'exemplaire du Zend-Avesta conservé à la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg comporte un ex-libris manuscrit « Bibliothecae Hammerianae Ex Blessigiana 1817 », ce qui permet de dire qu'il a un temps appartenu à Frédéric Louis Hammer (1762-1837), le gendre du naturaliste strasbourgeois Jean Hermann, qui a négocié en 1831 la cession de sa bibliothèque personnelle à la ville de Strasbourg et sa mise à disposition de l'Université. Il est probable que la mention manuscrite fait aussi référence au propriétaire précédent, qui pourrait être le pasteur et universitaire alsacien Jean Laurent Blessig, décédé en 1816. Quant à la provenance de l'exemplaire de l'Oupnek'hat, c'est l'écrivain et orientaliste italien Angelo de Gubernatis qui l'avait en sa possession au 19e siècle.
Alexandre Smirnov
 

Sources :
1. Schwab, Raymond, Vie d'Anquetil-Duperron ; suivie des Usages civils et religieux des Parses par Anquetil-Duperron ; avec une préface de Sylvain Lévi et deux essais du Dr. Jivanji Jamshedji Modi. Paris : E. Leroux, 1934
2. Avesta : le Livre sacré du zoroastrisme / trad. de C. de Harlez ; présentation et notes de Guy Rachet. Paris : Sand, 1996
3. Zoroastre : le prophète de l'Iran / présenté par Jean Varenne. Paris : Dervy, 1996


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Olympe de G



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MessageSujet: Re: Abraham Hyacinthe Anquetil-Duperr   Mer 1 Fév - 22:35

Anquetil-Duperron, l'ancêtre d’Indiana Jones



Injustement oublié, cet infatigable chercheur n’a que 23 ans quand il décide de partir en Inde par ses propres moyens, en quête des manuscrits sacrés du zoroastrisme.

Avant Indiana Jones et Lawrence d’Arabie, il y a eu Abraham Hyacinthe Anquetil-Duperron. Né en 1731, Anquetil est le premier aventurier orientaliste, un spécialiste européen de la culture asiatique qui incarne également une action audacieuse et héroïque sur le terrain. Spécialiste des anciennes religions d’Asie, il est le premier Européen à avoir traduit l’Avesta, les livres sacrés du zoroastrisme, la religion de la Perse préislamique.  Pour apprendre à lire le vieux persan dans lequel est rédigé l’Avesta, Anquetil parcourt l’Inde pendant six ans à partir de 1755. Il réside la plus grande partie du temps dans le port de Surate, à étudier auprès des Parsis, une communauté de zoroastriens qui a quitté sa Perse ancestrale des siècles auparavant. Publiée en 1771, sa traduction de l’Avesta fait sensation. La plupart des Européens considèrent alors les textes hébreux comme les livres sacrés les plus anciens et les plus fiables.


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