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  ENSEIGNEMENT et TESTAMENT DE SAINT LOUIS À SON FILS PHILIPPE

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Le Chevalier

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MessageSujet: ENSEIGNEMENT et TESTAMENT DE SAINT LOUIS À SON FILS PHILIPPE   Mer 11 Jan - 19:33


                   
 

Les enseignements et le testament de Saint Louis à son fils Philippe.
Actus


Représentation de Saint Louis rendant la justice. Sculpture sur bois du Palais de Justice de Paris.
L'idée de recueillir les propos de Saint Louis nous est venue au cours d'une étude des manuscrits de ses Enseignements à son fils Philippe III et à sa fille Isabelle, reine de Navarre. Au terme de cette recherche, il a été possible de conclure que le texte des Enseignements de Saint Louis à son fils Philippe est tout à fait différent de celui que l'on acceptait généralement depuis sept siècles. En d'autres termes, le texte des Enseignements qui avait été reproduit par Joinville à la fin de sa Vie de Saint Louis et qui est ensuite passé pour le véritable texte dans d'innombrables livres de piété (pour ne pas mentionner des livres d'histoire) n'a pas grand-chose en commun avec ce que Saint Louis a réellement écrit.
 
La meilleure façon de décrire la genèse de ce grand malentendu textuel est peut-être de rappeler au lecteur le nom de Geoffroi de Beaulieu, biographe du roi et confesseur de celui-ci au cours des vingt dernières années de sa vie. C'est Geoffroi, croyons-nous, qui a été le premier à fausser le texte des Enseignements en voulant tout simplement fournir un abrégé à ses lecteurs en les traduisant en latin. Mais il eut soin aussi d'avertir son lecteur de ce qu'il faisait. En vain.
 
 
Le texte abrégé qui vit le jour sous la plume de Geoffroi put servir de base plus tard aux scribes de l'abbaye de Saint-Denis qui l'employèrent en composant la chronique du règne de Saint Louis. Presque une quarantaine d'années après la mort de Saint Louis, au cours de la première décennie du XIVe siècle, ce même texte, que l'on peut appeler la version courte, fut inséré par Joinville dans sa biographie de Louis. Voilà donc l'origine de la propagation de la version courte et erronée des Enseignements de Saint Louis.
Heureusement le texte intégral, ou ce que nous pouvons appeler la version longue des Enseignements, ne disparut pas complètement à l'époque. C'est à Guillaume de Saint-Pathus que l'on doit, pour une part, de l'avoir conservé car sa Vie de Saint Louis est fondée sur des documents de la canonisation de Saint Louis.
Mais si ce texte est donc quasi officiel, il est aussi plein de latinismes car il est passé par une traduction latine, et ainsi il ne peut pas reproduire pour nous ce que Louis a véritablement écrit. Mais il existe un autre manuscrit de la version longue, le manuscrit Fonds français 12814 de la Bibliothèque nationale de France. Nous avons examiné ce manuscrit de très près pour voir s'il contenait des parentés avec celui de Saint-Pathus et nous avons pu constater que c'est effectivement le cas. De fait, ce manuscrit, qui remonte à la fin du XIIIe siècle, contient un texte qui concorde à tous points de vue avec le texte de la version longue que nous donne Saint-Pathus, mais qui (et ceci est essentiel) en diffère chaque fois que celui-ci comporte un latinisme introduit quasi inconsciemment par l'auteur dans son texte à la suite de son modèle latin. Ce texte, que nous pouvons appeler le texte Noster (d'après le registre dans l'ancienne Chambre des Comptes où il se trouvait), nous fournit non seulement l'esprit mais aussi la lettre des Enseignements que Louis a écritpour son fils Philippe III.
Quant à la date de composition du texte, rien n'est certain. Il est fort probable que Louis n'a pas eu le temps de les composer après son départ de France en juin 1270 car il avait fort probablement trop d'autres préoccupations. Et en l'absence de renseignements précis sur cette question fournis  par les chroniqueurs et biographes de l'époque, nous devons tenter de les dater nous-mêmes. Il nous semble donc que la période probable pour la composition de ce texte s'étend de juin 1267 à février 1268 car pendant cette période Louis s'est consacré à plusieurs reprises à la mise en ordre de certaines affaires royales. D'abord, il faut mentionner que Philippe ne fut armé chevalier qu'en juin 1267, quoiqu'il ait déjà atteint sa majorité et qu'il fût l'héritier de son père déjà depuis plus de sept ans.
 
Dans ce même mois Louis conduisit une procession à Saint-Denis où il prit la résolution de rassembler les corps des rois de France et de les enterrer ensemble à l'abbaye. Il manifesta ainsi son intérêt dans ce que nous pouvons appeler la tradition capétienne – tradition dont il se révèle fort conscient dans les Enseignements à Philippe. D'autre part, en février 1268 Louis composa son testament. Le fait qu'il n'y ait inscrit aucune clause ni pour ses trois filles mariées (Isabelle, Marguerite et Blanche), ni pour Philippe, semble indiquer qu'il considérait que leur avenir était réglé et assuré et qu'il n'y avait rien à ajouter. Pour ces raisons – circonstantielles il est vrai – il nous semble que la période juin 1267 – février 1268 est la plus probable pour la composition de ce texte.



David O'Connel

Cher fils, parce que je désire de tout mon cœur que tu sois bien enseigné en toutes choses, j’ai pensé que je te ferais quelques enseignements par cet écrit, car je t’ai entendu dire plusieurs fois que tu retiendrais davantage de moi que de tout autre.
Cher fils, je t’enseigne premièrement que tu aimes Dieu de tout ton cœur et de tout ton pouvoir, car sans cela personne ne peut rien valoir.
 
Tu dois te garder de toutes choses que tu penseras devoir lui déplaire et qui sont en ton pouvoir, et spécialement tu dois avoir cette volonté que tu ne fasses un péché mortel pour nulle chose qui puisse arriver, et qu’avant de faire un péché mortel avec connaissance, que tu souffrirais que l’on te coupe les jambes et les bras et que l’on t’enlève la vie par le plus cruel martyre.
 
Si Notre Seigneur t’envoie persécution, maladie ou autre souffrance, tu dois la supporter débonnairement, et tu dois l’en remercier et lui savoir bon gré car il faut comprendre qu’il l’a fait pour ton bien. De plus, tu dois penser que tu as mérité ceci- et encore plus s’il le voulait- parce que tu l’as peu aimé et peu servi, et parce que tu as fait beaucoup de choses contre sa volonté.
 
Si Notre Seigneur t’envoie prospérité, santé de corps ou autre chose, tu dois l’en remercier humblement et puis prendre garde qu’à cause de cela il ne t’arrive pas de malheur causé par orgueil ou par une autre faute, car c’est un très grand péché de guerroyer Notre Seigneur de ses dons.
[size=12]Cher fils, je te conseille de prendre l’habitude de te confesser souvent et d’élire toujours des confesseurs qui soient non seulement pieux mais aussi suffisamment bien instruits, afin que tu sois enseigné par eux des choses que tu dois éviter et des choses que tu dois faire ; et sois toujours de telle disposition que des confesseurs et des amis osent t’enseigner et te corriger avec hardiesse.
 
Cher fils, je t’enseigne que tu entendes volontiers le service de la sainte Eglise, et quand tu seras à l’église garde-toi de perdre ton temps et de parler vaines paroles. Dis tes oraisons avec recueillement ou par bouche ou de pensée, et spécialement sois plus recueilli et plus attentif à l’oraison pendant que le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ sera présent à la messe et puis aussi pendant un petit moment avant.
 
Cher fils, je t’enseigne que tu aies le cœur compatissant envers les pauvres et envers tous ceux que tu considèreras comme souffrant ou de cœur ou de corps , et selon ton pouvoir soulage-les volontiers ou de soutien moral ou d’aumônes.
 
Si tu as malaise de cœur, dis-le à ton confesseur ou à quelqu’un d’autre que tu prends pour un homme loyal capable de garder bien ton secret, parce qu’ainsi tu seras plus en paix, pourvu que ce soit, bien sûr, une chose dont tu peux parler.
Saint Louis, roi de France, sur son lit de mort, donnant ses derniers conseils à son fils Philippe, par Jacques-Antoine Beaufort (chapelle Saint-Louis de l'École Militaire, à Paris).
Cher fils, recherche volontiers la compagnie des bonnes gens, soit des religieux, soit des laïcs, et évite la compagnie des mauvais. Parle volontiers avec les bons, et écoute volontiers parler de Notre Seigneur en sermons et en privé. Achète volontiers des indulgences.
 
Aime le bien en autrui et hais le mal.
 
Et ne souffre pas que l’on dise devant toi paroles qui puissent attirer gens à péché. N’écoute pas volontiers médire d’autrui.
 
Ne souffre d’aucune manière des paroles qui tournent contre Notre Seigneur, Notre-Dame ou des saints sans que tu prennes vengeance, et si le coupable est un clerc ou une grande personne que tu n’as pas le droit de punir, rapporte la chose à celui qui peut le punir.
 
Prends garde que tu sois si bon en toutes choses qu’il soit évident que tu reconnaisses les générosités et les honneurs que Notre Seigneur t’a faits de sorte que, s’il plaisait à Notre Seigneur que tu aies l’honneur de gouverner le royaume, que tu sois digne de recevoir l’onction avec laquelle les rois de France sont sacrés.
Cher fils, s’il advient que tu deviennes roi, prends soin d’avoir les qualités qui appartiennent aux rois, c’est-à-dire que tu sois si juste que, quoi qu’il arrive, tu ne t’écartes de la justice. Et s’il advient qu’il y ait querelle entre un pauvre et un riche, soutiens de préférence le pauvre contre le riche jusqu’à ce que tu saches la vérité, et quand tu la connaîtras, fais justice.
 
Et s’il advient que tu aies querelle contre quelqu’un d’autre, soutiens la querelle de l’adversaire devant ton conseil, et ne donne pas l’impression de trop aimer ta querelle jusqu’à ce que tu connaisses la vérité, car les membres de ton conseil pourraient craindre de parler contre toi, ce que tu ne dois pas vouloir.
 
Si tu apprends que tu possèdes quelque chose à tort, soit de ton temps soit de celui de tes ancêtres, rends-la tout de suite toute grande que soit la chose, en terres, deniers ou autre chose. Si le problème est tellement épineux que tu n’en puisses savoir la vérité, arrive à une telle solution en consultant ton conseil de prud’hommes, que ton âme et celle de tes ancêtres soient en repos. Et si jamais tu entends dire que tes ancêtres aient fait restitution, prends toujours soin à savoir s’il en reste encore quelque chose à rendre, et si tu la trouves, rends-la immédiatement pour le salut de ton âme et de celles de tes ancêtres.
 
Sois bien diligent de protéger dans tes domaines toutes sortes de gens, surtout les gens de sainte Eglise ; défends qu’on ne leur fasse tort ni violence en leurs personnes ou en leurs biens. Et je veux te rappeler ici une parole que dit le roi Philippe, mon aïeul, comme quelqu’un de son conseil m’a dit l’avoir entendue. Le roi était un jour avec son conseil privé-comme l’était aussi celui qui m’a parlé de la chose- et quelques membres de son conseil lui disaient que les clercs lui faisaient grand tort et que l’on se demandait avec étonnement comment il le supportait. Et il répondit : «  Je crois bien qu’ils me font grand tort ; mais, quand je pense aux honneurs que Notre Seigneur me fait, je préfère de beaucoup souffrir mon dommage, que faire chose par laquelle il arrive esclandre entre moi et sainte Eglise. » Je te rappelle ceci pour que tu ne sois pas trop dispos à croire autrui contre les personnes de sainte Eglise. Tu dois donc les honorer et les protéger afin qu’elles puissent faire le service de Notre Seigneur en paix.
Ainsi je t’enseigne que tu aimes principalement les religieux et que tu les secoures volontiers dans leurs besoins ; et ceux par qui tu crois que Notre Seigneur soit le plus honoré et servi, ceux-là aime plus que les autres.
Portrait de Philippe III, roi de France. Tableau de Pierre-Jules Jollivet, XIXe siècle.
Cher fils, je t’enseigne que tu aimes et honores ta mère, et que tu retiennes volontiers et observes ses bons enseignements, et sois enclin à croire ses bons conseils.
 
Aime tes frères et veuille toujours leur bien et leur avancement, et leur tiens lieu de père pour les enseigner à tous biens, mais prends garde que, par amour pour qui que ce soit, tu ne déclines de bien faire, ni ne fasses chose que tu ne doives.
 
Cher fils, je t’enseigne que les bénéfices de saint Eglise que tu auras à donner, que tu les donnes à bonnes personnes par grand conseil de prud’hommes ; et il me semble qu’il vaut mieux les donner à ceux qui n’ont aucunes prébendes qu’à ceux qui en ont déjà ; car si tu les cherches bien, tu trouveras assez de ceux qui n’ont rien et en qui le don sera bien employé.
 
Cher fils, je t’enseigne que tu te défendes, autant que tu pourras, d’avoir guerre avec nul chrétien ; et si l’on te fait tort, essaie plusieurs voies pour savoir si tu ne pourras trouver moyen de recouvrer ton droit avant de faire guerre, et fasse attention que ce soit pour éviter les péchés qui se font en guerre. Et s’il advient que tu doives la faire, ou parce qu’un de tes hommes manque en ta cour de s’emparer de ses droits, ou qu’il fasse tort à quelque église ou à quelque pauvre personne ou à qui que ce soit et ne veuille pas faire amende, ou pour n’importe quel autre cas raisonnable pour lequel il te faut faire la guerre, commande diligemment que les pauvres gens qui ne sont pas coupables de forfaiture soient protégés et que dommage ne leur vienne ni par incendie ni par autre chose ; car il te vaudrait mieux contraindre le malfaiteur en prenant ses possessions, ses villes ou ses châteaux par force de siège. Et garde que tu sois bien conseillé avant de déclarer la guerre, que la cause en soit tout à fait raisonnable, que tu aies bien averti le malfaiteur et que tu aies assez attendu, comme tu le devras.
Cher fils, je t’enseigne que les guerres et les luttes qui seront en ta terre ou entre tes hommes, que tu te donnes la peine, autant que tu le pourras, de les apaiser, car c’est une chose qui plaît beaucoup à Notre Seigneur. Et Monsieur saint Martin nous en a donné un très grand exemple car, au moment où il savait par Notre Seigneur qu’il devait mourir, il est allé faire la paix entre les clercs de son archevêché, et il lui a semblé en le faisant qu’il mettait bonne fin à sa vie
 
Cher fils, prends garde diligemment qu’il y ait bons baillis et bons prévôts en ta terre, et fais souvent prendre garde qu’ils fassent bien justice et qu’ils ne fassent à autrui tort ni chose qu’ils ne doivent. De même, ceux qui sont en ton hôtel, fais prendre garde qu’ils ne fassent injustice à personne car, combien que tu dois haïr le mal qui existe en autrui, tu dois haïr davantage celui qui viendrait de ceux qui auraient reçu leur pouvoir de toi, et tu dois garder et défendre davantage que cela n’advienne.
 
Cher fils, je t’enseigne que tu sois toujours dévoué à l’Eglise de Rome et à notre Saint-Père le pape, et lui portes respect et honneur comme tu le dois à ton père spirituel.
 
Cher fils, donne volontiers pouvoir aux gens de bonne volonté qui en sachent bien user, et mets grande peine à ce que les péchés soient supprimés en ta terre, c’est-à-dire les vilains serments et toute chose qui se fait ou se dit contre Dieu ou Notre-Dame ou les saints : péchés de corps, jeux de dés, tavernes ou autres péchés. Fais abattre tout ceci en ta terre sagement et en bonne manière. Fais chasser les hérétiques et les autres mauvais gens de ta terre autant que tu le pourras en requérant comme il le faut le sage conseil des bonnes gens afin que ta terre en soit purgée.
 
Avance le bien par tout ton pouvoir ; mets grande peine à ce que tu saches reconnaître les bontés que Notre Seigneur t’auras faites et que tu l’en saches remercier
Cher fils, je t’enseigne que tu aies une solide intention que les deniers que tu dépenseras soient dépensés à bon usage et qu’ils soient levés justement. Et c’est un sens que je voudrais beaucoup que tu eusses, c’est-à-dire que tu te gardasses de dépenses frivoles et de perceptions injustes et que tes deniers fussent justement levés et bien employés-et c’est ce même sens que t’enseigne Notre Seigneur avec les autres sens qui te sont profitables et convenables.
 
Cher fils, je te prie que, s’il plaît à Notre Seigneur que je trépasse de cette vie avant toi, que tu me fasses aider par messes et par autres oraisons et que tu demandes prières pour mon âme auprès des ordres religieux du royaume de France, et que tu entendes dans tout ce que tu feras de bon, que Notre Seigneur m’y donne part.
 
Cher fils, je te donne toute la bénédiction qu’un père peut et doit donner à son fils, et je prie Notre Seigneur Dieu Jésus-Christ que, par sa grande miséricorde et par les prières et par les mérites de sa bienheureuse mère, la Vierge Marie, et des anges et des archanges, de tous les saints et de toutes les saintes, il te garde et te défende que tu ne fasses chose qui soit contre sa volonté, et qu’il te donne grâce de faire sa volonté afin qu’il soit servi et honoré par toi ; et puisse-t-il accorder à toi et à moi, par sa grande générosité, qu’après cette mortelle vie nous puissions venir à lui pour la vie éternelle, là où nous puissions le voir, aimer et louer sans fin, Amen.
 
A lui soit gloire, honneur et louange, qui est un Dieu avec le Père et le Saint-Esprit, sans commencement et sans fin. Amen.


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Le Chevalier

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MessageSujet: Re: ENSEIGNEMENT et TESTAMENT DE SAINT LOUIS À SON FILS PHILIPPE   Mer 11 Jan - 20:49


                   
 

Récit des croisades sous le règne de Saint Louis et de son fils Philppe
selon le récit de Chevalier du temple

Les évènements de 1239-1241 restaient présents à l'esprit de saint Louis. Ils n'ont certainement pas manquè d'influencer sa décision de se croiser. Par lui, la Croisade allait retrouver une dignité, des intentions et des comportements, qu'elle avait laissé perdre depuis longtemps. 

A la fin de l'année 1244, saint Louis tomba gravement malade, il fit voeu de se croiser s'il se rétablissait. Il guérit et se mit sans tarder à exécuter son voeu. Le roi comprit qu'il serait seul,  prendre sur ses épaules le poids de la Croisade. 

En Orient, l'islam était en crise tandis que les mongols occupaient la Perse, et imposaient leur autorité aux régions caucasiennes. Quant aux kharismiens, ils assiègeaient Damas en Syrie. L'échiquier politique ne paraissait pas offrir un si mauvais jeu aux chrétiens. 

Donc, saint Louis prit la croix en décembre 1244, mais ce n'est qu'en août 1248 qu'il mettra la voile vers la Terre Sainte. Au cours de ces trois années, le roi consacrera tous ses efforts à préparer son expédition minutieusement.

Ce projet de Croisade n'était pas nouveau dans l'esprit du Roi, le danger de mort le fixa, mais ne le créa pas. 

Quand il apprit la perte de Jérusalem, il songea à sa délivrance, mais il attendait l'heure favorable. Il reprit ses préparatifs de Croisade malgré le manque d'enthousiasme des seigneurs. Il commença par multiplier les envois de blé et de vin dans l'île de Chypre qui serait sa première escale, et il fit aménager le port d'Aigues-mortes où l'armée royale serait embarquée. 

Donc, après trois ans de préparation minutieuse de la Croisade, tout était prêt pour le départ. Le Roi avait fait d'immenses approvisionnements, fait aménager un port spécialement conçu pour la Croisade, lequel devait recevoir une flotte génoise pour le passage des croisés. Marguerite de Provence avait décidé de suivre son illustre mari à la Croisade. 

Le Roi traversa la Bourgogne et se dirigea vers Aigues-mortes où devait se réunir l'armée avant l'embarquement. Le départ pour la Croisade n'était pas une petite affaire, tout le royaume de France était en branle-bas. Les seigneurs des châteaux, les bourgeois des villes, les paysans, les tenanciers, et les vilains qui avaient pris la croix dans les campagnes, arrangeaient leurs affaires en hâte.


La flotte française rassemblée comprenait près de 2000 navires, de nombreux gros navires écuries appelés << huissiers >>, pour emmener les chevaux, et un grand nombre de petits bateaux. Il avait fallu diviser l'embarquement pour décharger Aigues-mortes trop encombrée. Une partie de l'armée royale et des bagages partirait de Marseille et rejoindrait le gros des troupes à l'Ile de Chypre. Où aborderait-on, en Syrie où en Egypte ? Seul le Roi le savait avec son état-major, composé d'un groupe de connétables, de maréchaux et autres hauts chefs qui l'escortaient. Le débarquement en Egypte devait être un secret. Le Roi avait déclaré :...<< Les clés de Jérusalem sont au Caire. >> Le Soudan d'Egypte tenait la Syrie et la perte de Damiette ou d'Alexandrie entraînerait la perte de Jérusalem non secourue. L'expédition d'Egypte était décidée. De Chypre on ferait donc voile pour Damiette. La flotte royale est rassemblée à Aigues-mortes sauf les bâtiments qui attendent à Marseille. Les gros vaisseaux pouvaient prendre à bord plusieurs centaines de passagers. Les vents n'étant pas favorables, il falllut attendre trois jours. Enfin, le 28 août, le ciel étant clair et le temps limpide, on hissa les voiles et bientôt la terre de Provence ne fut plus en vue. Un grand nombre des croisés qui regardaient s'éloigner puis disparaître la terre, ne devait plus jamais la revoir.

C'est le 17 septembre 1248 que la flotte royale aborda l'île de Chypre, qui avait été développée pour former une base logistique arrière aux croisés et ainsi ouvrir la voie maritime vers la Terre Sainte.

Chypre n'étant qu'à quelques lieues des côtes de Syrie, parmi les troupes on croyait que la Syrie était le véritable but de l'expédition. Le débarquemant s'opéra au petit port de Limassol. Sur les prairies qui bordaient la mer, l'intendance de saint Louis avait construit des abris pour toutes les provisions expédiées depuis trois ans. Une multitude de tonneaux de vin, des silos de froment et d'orge hauts comme des montagnes, des granges de fourrage et d'avoine pour les bêtes de trait. Tout avait été parfaitement exécuté sous la direction du roi de France, premier organisateur de la Croisade. Le Roi désirait repartir de Chypre sans retard. La saison était favorable mais les circonstances se montrèrent hostiles. Tellement hostiles que l'armée hiverna dans l'île où elle demeura jusqu'au mois de mai 1249. Les raisons sont multiples et successives. Tout d'abord les mauvais vents avaient dispersé une partie de la flotte et il fallait attendre son regroupement. Les voyages en mer étaient longs à cette époque, les bateaux ne naviguaient qu'à la voile et les vents contraires retardaient la marche. Des renforts étaient annoncés avec du matériel et n'arrivaient qu'avec lenteur. Ils mirent de longs mois à parvenir à Chypre. La Méditerranée est souvent mauvaise en hiver. 

Le Roi dut subir un long hivernage à Chypre, et c'est là qu'il rencontra, parmi ses chevaliers, l'incomparable historien de ses faits et gestes et dires, le sénéchal de Joinville, qui appartenait au plus haut rang des barons de Champagne. Saint Louis ne cessa jamais de se plaire en sa compagnie. Le Roi comptait autour de lui d'autres compagnons comme par exemple Gautier de Chatillon qui se fit tuer pour le sauver ou Pierre le Chambellan qui devait comme lui mourir en Afrique ou encore  Geoffroy de Sergines, le héros de la retraite où il défendit la vie du Roi. Le printemps venu, saint Louis ne cessait d'interroger le ciel pour mettre à la voile. Le roi était impatient de repartir car la menace qui pesait sur le royaume de Jérusalem appelait une intervention massive. Il voulait sans tarder attaquer les Sarrasins au coeur de leur puissance afin de forcer le sultan à céder Jérusalem qu'il avait repris, alors même que la ville avait été restituée aux Occidentaux, suite aux négociations de la sixième Croisade.

Le roi était parfaitement conscient que dans les mois à venir seraient fait de luttes et de vicissitudes, dans des terres sarrazines peu connues, semées de mille périls, avant la conquête de Jérusalem. Irait-on droit en Palestine ou d'abord en Egypte ? Le roi décida que l'armé  irait en premier comme prévu à Damiette, en Egypte.

Pendant son séjour àChypre, il rencontra une ambassade mongole avec qui il pensa négocier. Le roi reçut une offre de collaboration, pour attaquer de concert les Musulmans. Peut-tre hésita-t-il à la pensée qu'une telle alliance pouvait contribuer à ruiner la civilisation chrétienne au bénéfice d'une barbarie ? Toujours est-il que la négociation tourna court.

Finalement, après huit mois d'attente, au printemps 1249, la flotte des croisés au complet, commença à se rassembler devant le port de Limassol. L'expédition ne put mettre la voile que le 30 mai et Joinville nous dit que que les vaisseaux étaient belle chose à voir car il semblait que toute la mer, autant que l'oeil en pouvait voir, fut couverte de la toile des voiles des vaisseaux qui furent évalués à 1800 tant grands que petits. 

Les historiens évaluent l'armée de saint Louis à 25 000 hommes, plus des contingents fournis par les francs de Syrie, de Chypre, des Italiens et un petit nombre d'Anglais. Et bien sûr, des chevaliers des ordres militaires du Temple et de l'Hôpital de l'Orient latin. 

Donc, enfin, on put se mettre en route vers le but fixé : Damiette, port d'Égypte à l'embouchure du Nil. Les vents étaient défavorables, et les bâteaux furent dispersés par une violente tempête. Ce ne fut que le 4 juin que les nefs royales touchèrent enfin au but. Quand la flotte fut en vue de Damiette, saint Louis n'avait plus avec lui que 700 chevaliers sur 1800, mais ne pouvant  plus attendre, il donna son ordre de bataille. 

Le 5 juin qui est le jour fixé, le Roi, de son vaisseau amiral, aperçoit l'armée musulmane rangée en bataille. Le Roi qui s'impatiente de débarquer, saute dans la mer l'eau jusqu'aux aisselles l'épée à la main, et en abordant le rivage avec ses soldats, court aux Sarrasins. La cavalerie musulmane a beau s'avancer vers la mer, la bataille de la plage tourna à l'avantage des croisés. Surpris par cette attaque foudroyante, les musulmans abandonnent la rive occidentale du Nil, pour se réfugier sur la rive orientale. 

Ceux de Damiette qui du haut de leurs remparts ont suivi le combat, et assisté à la défaite de l'armée musulmane, sont pris de panique et se sauvent dans la nuit, entraînant avec eux les Arabes de la garnison. Donc, le 6 juin la ville de Damiette est prise. La victoire du Roi est complète. La Providence était avec les Croisés.

Damiette est conquise après une victoire prodigieuse, suite à  une offensive d'une audace inouïe.

Le Roi entra dans Damiette et brisa les chaînes où gémissaient depuis vingt-deux ans, 53 captifs chrétiens. 
Saint Louis voulait maintenant franchir le Nil et marcher sur le Caire, mais prudent, décida d'attendre l'armée d'Alphonse de Poitiers, son frère, qui devait le rejoindre avec d'importants renforts. Le comte de Poitiers n'avait appareillé que le 25 août 1249 et fit escale àSaint-Jean-d'Acre, avant de cingler vers l'Egypte. Enfin, le 25 octobre, ses voiles furent signalées.


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Le Chevalier

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MessageSujet: Re: ENSEIGNEMENT et TESTAMENT DE SAINT LOUIS À SON FILS PHILIPPE   Mer 11 Jan - 21:01


                   
 

Certains historiens pensent que cette cette longue attente sera la plus grande faute militaire commise par saint Louis car elle permit à l'ennemi d'organiser sa défense, ce qui devait se révéler désastreux pour l'expédition. Ils pensent que le Roi aurait dû exploiter sa victoire de Damiette, en marchant sans attendre sur Le Caire et Alexandrie. Maintenant, le Nil était en crue, la combativité des soldats amoindrie. Les meilleures chances avaient été perdues.

Le 20 novembre la marche sur le Caire commença alors que les croisés ignoraient que le delta du Nil se composait de plusieurs bras. Ils entreprirent une marche harassante dans les plaines marécageuses coupées d'innombrables canaux. Donc, cheminant péniblement, ils arrivèrent devant le canal d'Achmoun, duquel se tenaient rangées en bataille, les forces sarrasines, parfaitement adaptées au terrain. L'armée de saint Louis organisa un camp fortifié afin de protéger les soldats qui construisaient une chaussée afin de pouvoir traverser le canal.

Cette zone humide, coupée de canaux, était un lieu choisi pour une résistance; aucun corps de génie ni de pontonniers n'existait dans cette expédition, on ne pouvait franchir ces bras d'eau qu'en établissant des barrages. Les Egyptiens s'étaient ressaisis et ils avaient pris pour base la citadelle de Mansourah, d'où ils surveillaient le delta. Les sarrasins avaient une arme redoutable, le << feu grégeois >> qui sema l'épouvante dans les rangs français.

Il semblait impossible aux Croisés de construire la chaussée qui leur permettrait de traverser le canal. Les croisés tentèrent une entreprise d'une difficulté inouïe : barrer une sorte de fleuve, sous une grêle de flèches et les bombardements des tonneaux de feu grégeois, alors que de l'autre côté de la rive, les Egyptiens creusaient de nouveaux fossés. Le Roi y perdit bien des hommes et des mois.

Les épidémies se mirent de la partie tandis qu'un bédouin déserteur se présenta aux français et révéla l'existence d'un gué en direction de Mansourah. Le Roi ordonna la marche en avant, décidé de tenter le passage.

La ville de Mansourah est assiégée de février à avril 1250, mais l'assaut est un désastre.

Faisant l'objet d'attaques incessantes, bientôt, les troupes royales furent encerclées et coupées de communication avec Damiette. Robert d'Artois, le frère du roi, à la tête d'un corps de bataille, s'élança avec ses chevaliers sur la cavalerie turque mais contrairement aux ordres du roi, il pénétra en trombe dans Mansourah, avant que le gros de l'armée eût passé le gué. Sans l'appui de l'infanterie, il se jeta dans les rues étroites où entassés, ils ne pouvaient plus charger tandis que les ennemis qui étaient de tous les côtés, fermèrent les portes de la ville. Robert d'Artois à la tête des Croisés fut pris dans une véritable souricière et la cavalerie commença par se séparer et se perdre. Isolés les uns des autres, ils furent massacrés jusqu'au dernier. La désobéissance de Robert d'Artois, coûta cher à l'armée croisée qui perdit de grands noms de la chevalerie parmi les plus braves : . . . Raoul de Coucy, Erard de Brienne, Jean de Chérizy, le Grand Maître des Templiers, Guillaume de Salisbury qui était venu d'Angleterre et tant d'autres encore ! Pas un n'échappa. Robert d'Artois, par son imprudence, par sa désobéissance aux ordres du Roi, a sacrifié la fleur de la chevalerie française.



Pendant ce temps, l'armée franque n'a pas encore achevé de passer le gué. Le Roi avance avec lenteur car le passage du Nil s'est révélé assez compliqué. Le fond de ce gué était vaseux et ses bords partout escarpés. Il était malaisé à franchir et les chevaux durent se mettre à la nage avant de trouver le fond et de prendre pied. L'infanterie devait organiser une sorte de plancher pour détourner le dangereux courant.

Le Roi ne veut pas précipiter les choses, il veut laisser à tout le monde le temps de le franchir. A ce moment, le Roi pense être protégé en avant par les troupes de son frère le comte d'Artois et par l'avant garde des Chevaliers du Temple, lorsque soudainement il voit déboucher en face de lui la cavalerie musulmane. Il mesure sans attendre le désastre de son frère qui a transgressé ses ordres les plus formels. Le danger est là pour son armée exposée et dans de mauvaises conditions. Sans perdre un instant, il met en place son dispositif de bataille. Son arrière garde était toujours au camp et la plupart des hommes d'infanterie se trouvaient encore sur l'autre rive du canal. Les arbalétriers étaient à trop grande distance de tir pour être efficace. Son plan était de se replier afin de recevra l'aide des archers et des arbalétriers. C'est alors qu'un rescapé du corps d'Artois informe le Roi que son frère se défendait encore dans une maison de Mansourah. C'est un moment terriblement dramatique pour saint Louis car s'il n'envoie pas de troupes de secours à son frère, il sait qu'il sera perdu. Mais il est ROI et le salut de son armée vaut d'avantage que ses sentiments personnels. D'ailleurs ce salut est déjà compromis par les manoeuvres de la cavalerie sarrasine dont les escadrons se lancent sur ses troupes. Mais cette fois-ci, ils sont à portée des arbalètes qui les crible de projectiles. Une fois replié sur le camp et maintenant sous la protection des formidables archers et arbalétriers, le Roi à la tête de ses troupes va mener charge sur charge pour dégager l'armée.

J'aimerais partager avec vous le récit qu'en fait l'historien Joinville, qui vit le Roi à la tête de son corps de bataille, dans le tumulte des cris et le bruit des trompettes et des cymbales. Il nous a laissé un portrait inoubliable de cette journée où le Roi au milieu de ses hommes, risquait la mort à chaque instant. Joinville raconte :...<< Jamais, dit l'historien, je ne vis si beau cavalier, car il paraissait au-dessus de toutes ses gens, les dépassant à partir des épaules, un heaume doré sur la tête, une épée d'Allemagne à la main. Il suffisait de le regarder au passage pour se sentir la flamme au coeur. Ainsi ordonna-t-il la charge pour dégager toute l'armée. Quelle charge à l'épée, à la lance, à la masse d'armes ! Toute la furie française, se communiquant d'un cavalier à l'autre dans une sorte d'ivresse héroïque, de mépris absolu de la mort. Assailli de toutes parts par plusieurs sarrasins qui tirent son cheval par la bride, le Roi, à grands coups d'épée, se fraie un chemin au milieu de ses ennemis. La mêlée est si terrible que son cheval a toute la crinière brûlée. >> Dans sa modestie et le désir de s'effacer devant le Roi, Joinville oublie de nous dire qu'il chevauchait à côté de saint Louis, le corps atteint de plusieurs fl7ches.

Les Croisés font donc des prodiges et la manoeuvre est en pleine voie de réussite. Leur bravoure et leur vaillance vient finalement à bout des Sarrasins car les troupes de Bibars sont fendues, rompues et désagrégées. L'ennemi recule en désordre vers Mansourah. Bibars est battu et le Roi de France resté maître du terrain. Ainsi la bataille, si malencontreusement engagée par Robert d'Artois en violation des ordres de son frère, fut gagnée par le sang-froid, la présence d'esprit et l'autorité du Roi comme aussi par son action et son courage personnels. Pas un instant, il ne cessa d'exercer le commandement et de manoeuvrer pour sauver l'armée. Alors seulement, le Roi qui n'avait guère d'illusion sur le sort de son frère, put le pleurer. Des larmes fraternelles qui coulaient aussi pour tous ses braves chevaliers tombés au combat.

Lors de la première attaque musulmane devant Mansourah, avec une sorte de génie, saint Louis inventa une tactique nouvelle. Pour résister aux charges multipliées de la cavalerie de Bibars, il avait ordonné à ses chevaliers et sergents d'armes de combattre à pied, en serrant les rangs, afin d'opposer les piques et les lances aux chevaux ennemis.



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MessageSujet: Re: ENSEIGNEMENT et TESTAMENT DE SAINT LOUIS À SON FILS PHILIPPE   Mer 11 Jan - 21:32


                   
 
 L
a ville de Mansourah est assiègée de février à avril 1250, mais l'assaut est un désastre.

Faisant l'objet d'attaques incessantes, bientôt, les troupes royales furent encerclées et coupées de communication avec Damiette. Robert d'Artois, le frère du roi, à la tête d'un corps de bataille, s'élança avec ses chevaliers sur la cavalerie turque mais contrairement aux ordres du roi, il pénétra en trombe dans Mansourah, avant que le gros de l'armée eût passé le gué. Sans l'appui de l'infanterie, il se jetta dans les rues étroites où entassés, ils ne peuvaient plus charger tandis que les ennemis qui étaient de tous les côtés, fermèrent les portes de la ville. Robert d'Artois à la tête des Croisés fut pris dans une véritable souricière et la cavalerie commença par se séparer et se perdre. Isolés les uns des autres, ils furent massacrés jusqu'au dernier. La désobéissance de Robert d'Artois, coûta cher à l'armée croisée qui perdit de grands noms de la chevalerie parmi les plus braves : . . . Raoul de Coucy, Erard de Brienne, Jean de Chérizy, le Grand Maître des Templiers, Guillaume de Salisbury qui était venu d'Angleterre et tant d'autres encore ! Pas un n'échappa. Robert d'Artois, par son imprudence, par sa désobéissance aux ordres du Roi, a sacrifié la fleur de la chevalerie française.



Pendant ce temps, l'armée franque n'a pas encore achevé de passer le gué. Le Roi avance avec lenteur car le passage du Nil s'est révélé assez compliqué. Le fond de ce gué était vaseux et ses bords partout escarpés. Il était malaisé à franchir et les chevaux durent se mettre à la nage avant de trouver le fond et de prendre pied. L'infanterie devait organiser une sorte de plancher pour détourner le dangereux courant.

Le Roi ne veut pas précipiter les choses, il veut laisser à tout le monde le temps de le franchir. A ce moment, le Roi pense être protégé en avant par les troupes de son frère le comte d'Artois et par l'avant garde des Chevaliers du Temple, lorsque soudainement il voit déboucher en face de lui la cavalerie musulmane. Il mesure sans attendre le désastre de son frère qui a transgressé ses ordres les plus formels. Le danger est là pour son armée exposée et dans de mauvaises conditions. Sans perdre un instant, il met en place son dispositif de bataille. Son arrière garde était toujours au camp et la plupart des hommes d'infanterie se trouvaient encore sur l'autre rive du canal. Les arbalétriers étaient à trop grande distance de tir pour être efficace. Son plan était de se replier afin de recevra l'aide des archers et des arbalétriers. C'est alors qu'un rescapé du corps d'Artois informe le Roi que son frère se défendait encore dans une maison de Mansourah. C'est un moment terriblement dramatique pour saint Louis car s'il n'envoit pas de troupes de secours à son frère, il sait qu'il sera perdu. Mais il est ROI et le salut de son armée vaut d'avantage que ses sentiments personnels. D'ailleurs ce salut est déjà compromis par les manoeuvres de la cavalerie sarrasine dont les escadrons se lancent sur ses troupes. Mais cette fois-ci, ils sont à portée des arbalétes qui les crible de projectiles. Une fois replié sur le camp et maintenant sous la protection des formidables archers et arbalétriers, le Roi à la tête de ses troupes va mener charge sur charge pour dégager l'armée.

J'aimerais partager avec vous le récit qu'en fait l'historien Joinville, qui vit le Roi à la tête de son corps de bataille, dans le tumulte des cris et le bruit des trompettes et des cymbales. Il nous a laissé un portrait inoubliable de cette journée où le Roi au milieu de ses hommes, risquait la mort à chaque instant. Joinville raconte :...<< Jamais, dit l'historien, je ne vis si beau cavalier, car il paraissait au-dessus de toutes ses gens, les dépassant à partir des épaules, un heaume doré sur la tête, une épée d'Allemagne à la main. Il suffisait de le regarder au passage pour se sentir la flamme au coeur. Ainsi ordonna-t-il la charge pour dégager toute l'armée. Quelle charge à l'épée, à la lance, à la masse d'armes ! Toute la furie française, se communiquant d'un cavalier à l'autre dans une sorte d'ivresse héroïque, de mépris absolu de la mort. Assailli de toutes parts par plusieurs sarrasins qui tirent son cheval par la bride, le Roi, à grands coups d'épée, se fraie un chemin au milieu de ses ennemis. La mêlée est si terrible que son cheval a toute la crinière brûlée. >> Dans sa modestie et le désir de s'effacer devant le Roi, Joinville oublie de nous dire qu'il chevauchait à côté de saint Louis, le corps atteint de plusieurs flêches.

Les Croisés font donc des prodiges et la manoeuvre est en pleine voie de réussite. Leur bravoure et leur vaillance vient finalement à bout des Sarrasins car les troupes de Bibars sont fendues, rompues et désagrégées. L'ennemi recule en désordre vers Mansourah. Bibars est battu et le Roi de France resté maître du terrain. Ainsi la bataille, si malencontreusement engagée par Robert d'Artois en violation des ordres de son frère, fut gagnée par le sang-froid, la présence d'esprit et l'autorité du Roi comme aussi par son action et son courage personnels. Pas un instant, il ne cessa d'exercer le commandement et de manoeuvrer pour sauver l'armée. Alors seulement, le Roi qui n'avait guère d'illusion sur le sort de son frère, put le pleurer. Des larmes fraternelles qui coulaient aussi pour tous ses braves chevaliers tombés au combat.

Lors de la première attaque musulmane devant Mansourah, avec une sorte de génie, saint Louis inventa une tactique nouvelle. Pour résister aux charges multipliées de la cavalerie de Bibars, il avait ordonné à ses chevaliers et sergents d'armes de combattre à pied, en serrant les rangs, afin d'opposer les piques et les lances aux chevaux ennemis.

La plus dure offensive fut d'abord soutenue par Charles d'Anjou, le plus jeune frère du Roi, qui se trouva bien vite débordé. Le Roi réalisant le danger, vola à son secours avec les chevaliers de réserve. Du côté du canal, le comte de Flandre mit la cavalerie musulmane en déroute tandis que vers le fleuve, Alphonse de Poitiers et son corps d'armée ne furent délivrés qu'au dernier moment par une clique furibonde et déchaînée de valets, cuisiniers, bouchers, cantinières et vivandières qui, le couteau en main, se jetèrent sur l'ennemi qui se croyait déjà maître des lieux. En effet, devant la gravité de la situation, tout le monde donna de sa personne, y compris les gens d'office, d'étal, d'abattoir, de basse-cour et d'écuries dans un élan unanime. Innombrables furent les exploits des chevaliers comme par exemple, Gautier de la Horgne, Guillaume de Sonnac, Josserand de Brancion qui devait mourir après avoir pris part à plus de trente batailles. Cette fois-ci encore, le Roi fut vainqueur...ce fut la seconde victoire de Mansourah.

Quand je pense que dans de rares manuels scolaires d'histoire, on se contente de mentionner en quelques lignes que saint Louis fut vaincu et fait prisonnier à la bataille de Mansourah. Or, deux fois, saint Louis fut vainqueur, et comme je vous l'expliquerai plus tard, il ne devait en fait n'être vaincu que par les morts.
De nos jours, on peut à peine s'imaginer les souffrances quotidiennes de nos soldats, qui durent combattre au coeur de l'Egypte, en plein été sous une  chaleur torride, et qui de surcroît n'étaient pas habitués aux crues du Nil inondant les terres. La soif était chose commune sous un soleil torride et la provision d'eau était bientôt consommée. La réverbération du soleil sur les sables transformait en miroir d'eau les plaines arides et ces fréquents mirages achevaient de décevoir les soldats. En été, le climat était quasiment impossible à supporter. L'armée des croisés devait subir les graves inconvénients d'un équipement alors absurde sous un tel climat.

Bien que saint Louis fut victorieux deux fois au cours de sa campagne égyptienne, il dut renoncer à l'offensive et se décider à la retraite qui aboutit par trahison ou par erreur à la capitulation. Telle fut la douloureuse aventure de cette fin de campagne pourtant si brillamment inaugurée à Damiette. Le Roi ne fut pas vaincu par les vivants, il le fut par les morts.

En effet, un terrible fléau allait s'abattre sur l'armée royale car apres les deux batailles le fleuve et le canal étaient jonchés de cadavres qui flottaient sur les eaux. Il se trouve que l'armée mangeait du poisson du Nil. Un poisson glouton qui se nourrissait sans choix de la chair décomposée que lui distribuait la guerre en abondance. Tous ces gens qui se nourrissaient de ces poissons pêchés par eux, furent alors décimés par le typhus et la dysenterie. L'épidémie gagnait peu à peu toute l'armée. Le Roi ne recevait plus de renfort de France tandis que des troupes musulmanes fraîches débarquèrent et se rendirent maîtresses du Nil. Ils coupèrent aussi toute communication entre Damiette et l'armée royale. Saint Louis ne pouvait plus recevoir par le fleuve ni secours ni ravitaillement. L'état sanitaire devenait désespérant et l'armée royale fondait à vue d'oeil. Le Roi ne disposait plus que d'envrion 12 000 combattants en état de porter les armes. Il fallait prendre une décision et le Roi ne pensant qu'au salut de son armée, ordonna la retraite.

Les sarrasins qui se voyaient débarrassés de toute menace sur Mansourah, entreprirent alors la poursuite de l'armée en retraite. L'entourage du Roi insista pour qu'il regagna Damiette rapidement afin de s'y mette à l'abri mais il refusa préférant rester avec ses soldats. Leur sort serait son sort et il n'accepta pas de se séparer d'eux qui avaient tant souffert. Il resta donc jusqu'au bout avec ces malheureux rongés de blessures, d'ulcères, les entrailles ravagées et la bouche en feu, le corps exsangue. Il était lui-même parmi les plus malades et les plus faibles. Sur la route de Damiette il fallait le soutenir et le défendre. Un de ses chevaliers parmi les plus braves, Geoffroy de Sergines, chargeait les Sarrasins chaque fois qu'ils étaient trop près du Roi, et les mettait en fuite avec ses hommes. Le Roi qui était déchiré par de terribles maux d'entrailles, ne pouvait plus monter à cheval. A son tour, Gaucher de Chatillon par trois fois, chargea les Sarrasins qui approchaient le Roi qui se trouvait sur une civière. Joinville nous dit qu'après chaque charge, il revenait couvert de flêches..."comme un hérisson de ses piquants". A la quatrième charge, ce brave chevalier héros de France ne revint pas. Seul son cheval couvert de sang et la selle vide, revint au camp.




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MessageSujet: Re: ENSEIGNEMENT et TESTAMENT DE SAINT LOUIS À SON FILS PHILIPPE   Mer 11 Jan - 21:33


                   
 
 P
hilippe de Montfort, un des chevaliers qui accompagnaient le Roi, lui proposa de traiter d'une trêve avec l'émir qui commandait le gros de l'armée musulmane. Etant donné qu'il ne s'agissait pas d'une reddition, le Roi donna son autorisation. Une trêve même de courte durée, c'était la possibilité de regagner Damiette, sauver les combattants, les malades et les blessés. L'émir écouta favorablement l'offre de Philippe de Montfort et promit une entente.

Que se passa-t-il exactement ? Et bien, un incident qui allait mettre fin à la guerre d'une façon plutôt inattendue et tragique à la fois. Dans l'attente d'un armistice officiel, des soldats du Roi résolus à protéger le souverain, défendaient les abords d'un village à proximité du Roi. Joinville nous a rapporté qu'un soldat trahit ses compagnons, se mettant à crier à pleins poumons :...<< Bas les armes, le Roi l'ordonne ! Rendez-vous, ne faites pas tuer le Roi. >> Cette ordre de capitulation sortait de la bouche d'un sergent d'armes du nom de Marcel, que Joinville n'hésite pas à qualifier de "Marcel le traitre". Traitre ou lâche, ce sergent Marcel fut la cause de la perte de tous. Car, dans leur fidélité sacrée et la loyauté de leur serment, les chevaliers et leurs hommes rendirent leurs épées aux Sarrasins afin d'obéir à l'ordre du Roi. Au même moment, Philippe de Montfort rentrait au village accompagné de l'émir avec qui il venait de traiter. Mais devant la nouvelle situation, il lui montra les prisonniers et décida d'annuler la promesse de trêve. Saint Louis fut obligé de capituler. Le massacre qui suivit fut épouvantable; les malades et les blessés furent impitoyablement massacrés par les Sarrasins, pendant que les soldats épargnés furent liés de cordes et emmenés à Mansourah. Les sarrasins pénétrèrent dans la chambre où se trouvait le Roi agonisant en menaçant de le tuer. Malgré sa faiblesse, il fit face à ses ennemis et d'une voix calme et autoritaire, il se contenta de leur répondre :...<< Mon corps, vous pouvez le faire mourir, mais l'âme, vous ne la tuerez pas. >> L'émir informé de cette illustre présence, comprit qu'il était dans son intérêt de garder le Roi vivant afin d'en obtenir rançon.

Pendant ce temps, les chefs français et musulmans négociaient au sujet de la rançon du Roi . . .

Actuellement, ils négociaient aussi bien la rançon du Roi que celle des seigneurs et de tous les soldats prisonniers. Une rancon qui fut finalement fixée à 500.000 livres tournois ce qui serait l'équivalent d'environ 100 millions d'anciens francs. Je vous laisse faire le calcul en euros. Il s'agissait à l'époque d'une somme asolument fabuleuse. Le Roi déclara qu'il paierait la somme convenue pour la délivrance de ses soldats mais qu'il rendrait Damiette pour sa rançon personnelle car  leurs dirent-ils :...<< un roi de France ne s'achète pas avec de l'argent. >> Saint Louis avait à tel point le souci de l'honnêteté et de la loyauté, que lorsqu'il apprit que Philippe de Nemours, chargé d'acquitter la somme convenue, avait réussi par une habile manoeuvre, à tromper les sarrasins de 10.000 livres, il lui ordonna de faire payer les 10.000 livres qui manquaient.

Le Roi avait à coeur de sauver son armée, car il la savait exposée au péril de mort. Les historiens arabes mentionnent qu'à Mansourah 10.000 prisonniers français étaient entassés dans une vaste cour, entourée d'une muraille de terre : nous savons que cette enceinte devait se trouver près du Nil, car ils précisent que chaque nuit on faisait sortir 300 captifs qu'on noyait dans le fleuve. Après l'accord de rançon, le sultan fit enlever les chaînes du Roi, et le fit soigner par son médecin. Que l'on ne se méprenne pas sur le changement d'attitude du sultan qui n'avait rien à voir avec la pitié mais plutôt dans la seule cupidité. Les musulmans n'avaient pas les mêmes règles de guerre que saint Louis avait dans son armée. Alors que le Roi avait proscrit les crimes de guerre que rien ne peut excuser, les musulmans, eux, exerçaient couramment des atrocités sur les blessés, les malades ou les captifs. Que de deuils pour les chrétiens de la Mansourah.
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Quel merveilleux personnage dans notre histoire que Marguerite de Provence . . .

Le Roi avait laissé la garde de Damiette à la reine Marguerite. Or, Marguerite était enceinte et attendait son enfant au mois d'avril. Trois jours avant d'accoucher, elle apprit le désastre de la Croisade et la captivité du Roi. Aux derniers renseignements, le camp sarrasin avait été pris devant Mansourah. Seule et effrayée, Marguerite demanda à son vieil écuyer, un chevalier de près de quatre-vingts ans, de coucher dans sa chambre et de lui tenir la main afin de la rassurer. Comme aussi de chercher le médecin et la sage-femme si elle entrait dans les premières douleurs de l'enfantement. Quand elle fut seule avec lui, elle lui demanda de lui accorder une faveur :...<< J'ai une grâce à implorer de vous. jurez-moi par serment que vous ferez ce que je vous demanderai. Je vous ordonne, si les Sarrasins reprennent la ville, de me tuer avant qu'ils me prennent moi-même. Une Reine de France ne peut pas être violée. >> Le vieux chevalier lui répondit :...<< Madame, j'y avais déjà pensé. >> Le lendemain de cette scène, Marguerite mit au monde un fils qu'elle appela Jean, en souvenir du précédent qu'elle avait perdu tout petit avant le départ pour Chypre, mais il fut surnommé Tristan à cause des circonstances douloureuses où il venait de naître, son père captif avec l'armée et Damiette menacée avec sa mère. Jean Tristan serait un jour le comte de Nevers et il devait mourir à vingt ans, à Carthage, quelques jours avant saint Louis.

La reine Marguerite allait bientôt connaître de pires angoisses que celles de l'accouchement. Le jour même de sa délivrance, elle apprit le danger intérieur qui pesait sur Damiette et devançait la marche ennemie. La garnison du port était composée des marins de Gênes et de Pise qui avaient amené les vaisseaux à la Croisade. Ils devaient non seulement veiller sur la ville mais aussi assurer les communications avec la Syrie et l'Occident. Marguerite réalisa qu'à la nouvelle de la défaite de l'armée du Roi, les marins seraient vraisemblablement pris de panique et s'enfuiraient avec leurs bateaux. Cette petite reine et princesse de Provence, se révèlera digne de son illustre mari et de Blanche de Castille. Sans attendre elle manda auprès d'elle tous les capitaines et les supplia de ne pas abandonner Damiette. Si Damiette était perdue, c'était la perte définitive du Roi de France et de l'armée royale. Et personne ne serait sauvé. Damiette était le gage qui permettait de traiter encore. La seule objection des capitaines persuadés par les arguments de la petite reine, fut qu'il n'y avait plus de quoi manger dans la ville. Elle leur promit de résoudre ce problème à leur satisfaction. Avec l'argent dy Roi dont elle disposait, Marguerite allait immédiatement faire acheter toutes les denrées disponibles pour leurs équipages et la garnison. Ils mangèrent donc à leur faim et ils restèrent dans la ville. Marguerite garda Damiette, sans toutefois savoir que la ville était la rançon du Roi.

Le traité si laborieusement obtenu du sultan qui revenait sans cesse en arrière quand il était ivre, faillit se transformer en massacre au dernier moment de son exécution. Ce traité libérait le Roi contre Damiette et l'armée royale prisonnière contre 500.000 livres tournois, devait s'exécuter par le transfert de saint Louis et des captifs dans le port qui serait rendu aux Sarrasins tandis que la flotte cinglerait vers la Syrie ou l'Occident avec les chrétiens libérés.

L'armée Sarrasine escortait le Roi et un premier contingent de prisonniers, était parvenue aux portes de la ville quand éclata une de ces tragédies de palais si fréquentes dans l'histoire de la région. Le nouveau sultan, arrière neveu de Saladin, ètait presque inconnu en Egypte. Il avait avec lui une troupe ou harka à qui il distribuait des faveurs, en sorte que la colère des Mameloucks attisée par Bibars qui, perdant le commandement, rêvait du pouvoir. Le sultan était de plus en plus cruel et odieux. Il avait fallu toute la cupidité orientale pour lui faire ménager saint Louis et ne pas le mettre à mort. Mais n'était-il pas responsable de ces effroyables noyades nocturnes de nombreux prisonniers dans le Nil ?

Toujours est-il qu'à la fin d'un grand banquet auquel il avait convié les émirs, ceux-ci résolurent de se débarrasser de lui et l'assaillirent. L'un d'eux, lui arracha son épée et lui fendit la main jusqu'au bras. Le sultan réussit à s'enfuir et s'enferma dans son pavillon qui était flanqué d'une tour. Les insurgés y mirent le feu et le sultan à demi brûlé se précipita en hâte dans les eaux du Nil. Une horde d'assassins sanguinaires qui le poursuivait, le lardèrent de coups de lances et s'acharnant sur son corps cadavre l'un d'eux lui arracha le coeur. Il se rendit là  où saint Louis était détenu et brandissant le viscère sanguignolent devant lui, s'écria :...<< Que vas-tu me donner à moi qui ai tué ton pire ennemi qui t'aurait condamner à mort s'il avait vécu ? >> Le Roi avec mépris lui jeta un regard froid sans lui répondre.

La vie du Roi et celle des captifs demeuraient à nouveau en péril, seraient-ils épargnés au simplement égorgés ? L'assassinat du sultan ouvrait l'ère de ces crimes officiels par le moyen desquels les Mameloucks accédèrent tour à tour au trône dans la plus grande cruauté. Sans la présence du Roi, il est plus que certain que tous auraient été mis à mort. Le Roi reprit les négociations avec les émirs et grâce à lui, les conditions furent maintenues. Quelques jours plus tard, Geoffroy de Sergines fut envoyé à Damiette pour en opérer la reddition. Là encore, les choses faillirent se gâter au dernier moment. Dans la ville non protégée les Mameloucks en liesse et ivres, ne songèrent qu'à se payer et violer les accords. Les malades restés dans les hôpitaux pourtant sous la sauvegarde du traité, furent impitoyablement massacrés. Puis ces excités se ruèrent sur le Roi et ses compagnons pour s'en débarrasser pareillement.



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MessageSujet: Re: ENSEIGNEMENT et TESTAMENT DE SAINT LOUIS À SON FILS PHILIPPE   Mer 11 Jan - 21:35


                   

J
oinville rapporte qu'ils étaient à ce moment-là, à deux doigts de la mort. Le Roi ne se laissa pas intimider et tint tête à ces forcenés qui le menaçaient de chantage, tout en torturant devant lui le patriarche de Jérusalem...<< Et votre serment ? >> leur rappela-t-il impassible et prêt à subir le même sort. Heureusement, quelques chefs qui avaient encore de l'autorité sur ces ivrognes et ces assassins, finirent par avoir raison de l'échauffourée. Cette même soirée tragique, le Roi fut remis en liberté avec ses barons. Il s'embarqua avec son frère Alphonse de Poitiers et ses compagnons. Avant la reddition de Damiette, les capitaines génois et pisans avaient pris la précaution d'embarquer pour Saint-Jean d'Acre la Reine Marguerite de Provence et son fils Tristan, les princesses, le trésor de guerre et la garnison franque, sauf malheureusement les malades qui furent égorgés par les musulmans. Marguerite et le Roi ne devaient donc se revoir qu'en Syrie.

Donc en avril 1250, la rançon est enfin acquittée et Damiette rendue au Sultan, le Roi put aller retrouver Marguerite qui, elle aussi, avait vécu des heures tragiques. Elle témoigna dans le malheur d'une grandeur d'âme qui galvanisa autour d'elle les énergies défaillantes.

Les restes de l'armée des Croisés s'embarqua avec le Roi et abordèrent à Saint-Jean d'Acre, sur la côte de Syrie. Saint Louis ne voulait pas encore rentrer en France; il espérait toujours pouvoir conquérir Jérusalem. Et pour préparer ette conquête, il voulait consolider le royaume chrétien de Syrie pour en faire un rempart contre les Musulmans.

Regrettablement, aucun historien, même pas Joinville, n'a songé retracer ou évoquer la rencontre à Saint-Jean d'Acre du Roi et de la Reine Marguerite séparés depuis près de six mois.....mois d'agonie et de suprême danger. Même Guillaume de Nangis ne consacre que quelques vagues lignes au débarquement du Roi. Pourtant Saint-Jean d'Acre était plus qu'une petite ville pittoresque, c'était à l'époque, le plus grand port du royaume de Jérusalem, clé de la Palestine et des communications entre le Levant et la Chrétienté.

La traversée de Damiette à Saint-Jean d'Acre dura six jours et le Roi toujours faible suite à ses attaques de dysentrie était malade à bord du bateau. C'est le 13 mai nque le vaisseau du Roi jeta l'ancre devant Saint-Jean d'Acre. Toutes les cloches de la ville carillonnaient tandis que tous les habitants se précipitèrent à la rencontre du Roi. Une foule qui pleurait et applaudissait de joie. Une foule reconnaissante qu'au lieu de reprendre la route de la France, le Roi avait décidé de venir en Palestine. Après cette longue absence, Marguerite était parmi la foule au premier rang. On peut à peine s'imaginer ce que furent les retrouvailles.

Le Roi débarquait en piteux équipage car l'armée de la Croisade était presque anéantie et la plupart des rescapés ne demandaient qu'à retourner en France. Mais le Roi de France, même sans armée et dans l'attente des débris de son armée qu'il saurait réorganiser, représentait déjà une force en face de l'Islam. Du désastre égyptien il ne sortait pas amoindri. Il réapparaissait en Syrie, avec la volonté de défendre les possessions franques contre les empiétements continus des Musulmans. Le premier effet de sa présence fut d'obtenir l'union des chrétiens du Levant. Sans retard, le Roi ordonna le travail et commença la restauration des remparts et des citadelles. Il fortifia Jaffa, Césarée, ainsi que d'autres villes du littoral.

Le Roi résolu de prolonger son séjour dont l'utilité se faisait sentir chaque jour, quand il reçut de mauvaises nouvelles de France.

Le roi d'Angleterre, Henri III, avait projeté d'attaquer la France en profitant de l'absence du Roi et préparé le rassemblement d'une flotte à Portsmouth. Le Pape était intervenu avec vigueur, lui faisant vergogne d'une si lâche entreprise. Le péril pouvait renaître d'un jour à l'autre et provoquer à nouveau l'agitation des grands seigneurs, demeurés plus soumis à leurs intérêts qu'à la cause royale. La Reine Blanche devant le royaume en péril, pria son fils qu'il revienne en France. Mais ceux de Palestine avaient dit au Roi que s'il s'en allait, cette terre serait perdue. C'était une grave affaire et une grave décision à prendre. Le Roi réunit un Conseil des barons et l'Assemblée conseilla au Roi de rentrer en France d'où éventuellement il reviendrait plus tard avec des troupes fraîches et de l'argent. Le Roi fit part à l'Assemblée de sa décision qui était de rester et de ne pas abandonner le royaume de Jérusalem, lequel il était venu pour garder et conquérir. A la Reine Blanche qui appelait à son retour, il choisit d'embarquer ses deux frères Alphonse, comte de Poitiers et Charles, comte d'Anjou afin qu'ils aidassent sa mère dans l'administration et la garde du royaume. Il devait rester en Syrie quatre ans, du 14 mai 1250, jour de son débarquement à Saint-Jean d'Acre au 24 avril 1254 où il reembarquera pour revoir enfin la France.

Le Roi s'investit dans la consolidation de ce qui restait du royaume de Jérusalem et de le mettre en état de se défendre contre les mamelouks. Il regroupait les forces de la chrétienté et rétablissait l'ordre et la concorde entre les principautés rivales, en sorte que son influence grandissait.

N'étant pas encore en mesure de prendre l'offensive pour délivrer Jérusalem, il fortifiait Saint-Jean d'Acre et Jaffa afin de défendre ce qui restait encore sur la côte de la conquête des Croisés. Son effort de construction était constant. Puis, une armée damascaine se livra à des escarmouches autour d'Acre bien protégée par ses remparts. Elle se rabattit sur Sayette, l'ancienne Sidon. Malheureusement, le mur d'enceinte que le Roi faisait construire n'était pas achevé, et les Sarrasins se ruèrent sur cette ville ouverte, y mirent à mort un grand nombre de ses habitants et rentrèrent à Damas.

Le Roi apprenant ce massacre, résolut de relever sans tarder ces remparts de Sayette qui n'avaient pu abriter la population. Sur sa route, le Roi fut arrêté par le plus répugnant spectacle. . . les corps des habitants massacrés n'avaient pu recevoir de sépulture et on était au coeur de l'été. Le Roi demanda aux chevaliers qui l'accompagnaient de l'aider à ensevelir les morts chrétiens mais personne ne voulut le suivre, tant l'horreur était grande. Il rassembla des équipes d'ouvriers paysans et se mit à leur tête. Le Roi de France s'avança vers les cadavres, et de ses mains porta les corps pourris et puants pour les mettre en terre, dans des fosses préparées. Ces inhumations durèrent cinq jours. Il est dans notre Histoire peu d'exemples comparables à celui de saint Louis ensevelissant les morts décomposés. Sayette saccagée fut reconstruite avec des murs épais et un château au-dessus de la ville afin qu'elle puisse soutenir un siège.

Quatre ans durant encore, saint Louis resta en Orient; il estimait n'avoir pas rempli son voeu. Quatre ans il fut le vrai chef du royaume franc, et, dans tous les pays environnants, un personnage de légende, l'image même du roi juste et sage, le saint Louis du chêne de Vincennes.

Le sultan recevait ses avis et le tenait quitte de la fin de sa dette; le vieux de la Montagne, le Maitre des Assassins, la terrible secte de fanatiques qui jouaient si aisément du poignard, désira devenir son ami. Un instant, le Roi crut que la dissension entre les Musulmans lui permettrait, en intervenant entre Alep et le Caire, de se faire rendre Jérusalem : les deux sultans se reconcilièrent et n'accordèrent rien. Saint Louis en fut désespéré. Il refusa le sauf-conduit qu'on lui proposait pour la Ville Sainte, ne voulant pas devoir aux infidèles le bonheur d'aller prier sur le tombeau qu'il n'avait pas su délivrer. Dès lors, il pensa au retour.

Les nouvelles de France n'étaient pas bonnes. Un étrange mouvement populaire, une sorte de Jacquerie sous le prétexte de la Croisade, la << Croisade des Pastoureaux >>, dirigée par un tribun à demi-fou,  << le Maître de Hongrie >>, venait de secouer NOTRE pays.

A l'origine, ce grand mouvement populaire était la manifestation de l'amour du peuple de France pour saint Louis. Le royaume avait été profondément secoué par les mauvaises nouvelles venues d'Egypte, aboutissant à la capitulation du Roi. Les pauvres qui considéraient saint Louis comme leur père, commencèrent de s'agiter. Partout l'émotion était vive et tous voulaient délivrer le Roi des païens qui le retenaient dans les fers.

Rien qu'en quelques semaines, NOTRE pays se couvrit de véritables armées, réunies comme par enchantement, qui parcouraient le pays, entraînant à leur suite des milliers de femmes et d'enfants. Ces pauvres gens voulaient marcher au secours du Roi. Malheureusement, des éléments "impurs" se mêlèrent à ces troupes de croisés improvisés, poussant au désordre et à la violence.

Un véritable illuminé que l'on appelait le Maître de Hongrie, prêcha la Croisade dans les campagnes de Picardie, appelant la population à se mettre en chemin pour secourir le Roi. Ce mouvement s'étendit de la Picardie à la Flandre, au hainaut, puis gagna la Lorraine et la Bourgogne. De tous côtés les "Pastoureaux" se mirent en marche, sans bagages, ni armes ni provisions. D'après les chroniqueurs de l'époque, ils furent plus de 60.000 composant une véritable armée de gueux, commandée par des chefs et rangés sous des bannières.

De nombreux éléments douteux s'étaient glissés parmi ceux qui avaient pris la croix avec ferveur, des gens sans foi ni loi. Ils formaient la lie inquiétante des troupes en déplacement : faux pèlerins, mendiants, ivrognes, prostitutées, filous de toutes sortes, vagabonds et aventuriers de tout poil. Nombreux étaient les voleurs et les meurtriers attirés par l'espoir du butin. Tout ce joli monde, s'attaqua aux couvents et aux maisons riches, et malmenèrent les religieux. L'entreprise des Pastoureaux fut donc vouée à l'échec.

A Paris, le Maître de Hongrie alla même jusqu'à monter en chaire à Saint-Eustache et prêcha en costume d'évêque. Le sang coula et il fallut fermer l'accès du petit-Pont qui donnait l'entrée de la Cité à la rive gauche de la Seine. Après Paris, ils firent de grands dégats à Rouen ainsi qu'à Orléans. A Tours, ils mirent à sac le couvent des Dominicains. Blanche de Castille lança avec fermeté, la troupe à la poursuite de ces brigands pillards dont plusieurs chefs furent pendus. A Bourges, la population prêta main-forte aux troupes royales, et tous ces faux croisés furent massacrés. Le Maître de Hongrie, fauteur de tant de désordres, fut mis en pièces. Les bandes disparurent et ne firent plus jamais parler d'elles. C'en était fini de la Croisade des Pastoureaux.



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MessageSujet: Re: ENSEIGNEMENT et TESTAMENT DE SAINT LOUIS À SON FILS PHILIPPE   Mer 11 Jan - 21:39


                 



Une terrible nouvelle attendait le Roi au début du printemps 1253, une nouvelle qui devait le plus l'attrister . . .

Sa mère, la régente Blanche de Castille était morte à Melun le 27 Novembre 1252 après une vie consacrée à la France.  La douleur du Roi fut immense et pendant deux jours il garda le silence.  Elle fut une grande Reine, un véritable chef d'État. les frères du roi envoyaient lettre sur lettre, le suppliant de rentrer en France. Cette fois, il n'y avait plus d'hésitation possible, le Roi conentit de quitter la Terre Sainte.

Mais avant de partit, il prépara l'avenir en envoyant chez les Mongols un messager, le franciscain Guillaume de Rubrouk, en mission et en service de renseignements. Il fit fortifier à neuf les meilleures places du petit royaume, et après six années d'absence, il se rembarqua en avril 1254, certain qu'il reviendrait un jour prochain, à la tête d'une nouvelle Croisade. Les croisés firent donc voile pour le royaume de France, sans avoir reconquis Jérusalem.


A noter que la plupart des historiens reconnaissent que le long séjour de saint-Louis en Palestine, ses grands travaux de maçonnerie, la concorde et l'ordre qu'il y avait établis, ont retardé près de quarante ans la perte de la Terre Sainte achevée par la chute de Saint-Jean d'Acre.
C'est le 8 juillet 1254 que saint Louis et son armée debarquèrent à Hyères sur la côte de Provence.

Des caisses innombables déposées par les nefs et les galères, encombraient le port. Des caisses qui contenaient des draps d'or d'Egypte, des taffetas de Tyr, des cotons tissés à Damiette, des faïences syriennes et des verreries de Damas, du cuivre du Soudan, et beaucoup de plantes exotiques : grenadiers, orangers, citronniers, figuiers, pêchers ainsi que des légumes locaux. Des choses pratiquement inconnues à l'époque en France.

Parmi cette foule de croisés on pouvait voir des turbans et des burnous, des femmes turques ou arabes épousées et ramenées en Europe par les croisés. Tous les notables se disputaient l'honneur d'héberger le Roi et les siens. Le peuple de France qui avait tant attendu le retour de son souverain, exultait de joie. Les croisés harassés de questions sur ce monde peu connu, répondaient de bonne grâce, décrivant les villes, le désert avec ses dunes, les côtes lumineuses et luxuriantes et les montagnes. Sous oublier les terres parsemées d'oliviers. Ils décrivirent les terribles combats, les maladies et la famine qui décimèrent l'armée royale ainsi que la terrible captivité aux mains des Maures. Ils parlaient aussi des phénomènes de la nature comme les mirages et les tempêtes de sable, du Jourdain, des pins de myrtes d'Alep et des cèdres du Liban. Nos compatriotes eurent un premier regard détaillé sur le monde musulman.

Le rêve qu'il avait rapporté de terre Sainte, saint Louis, désormais, ne le quitta plus.

Les années passaient tandis que le Roi pensait de nouveau à la Terre Sainte qu'il n'a pu délivrer, et dont il gardait la nostalgie. Depuis Mansourah et Saint Jean-d'Acre, il ne songeait qu'à recommencer la Croisade.

Or les nouvelles qui venaient de la Terre Sainte étaient de plus en plus alarmantes et augmentaient encore son désir de repartir. En 1260, les Mongols repartirent à l'assaut de l'islam. Ils s'étaient emparés de Bagdad et de la Mésopotamie. En trois mois la Syrie tomba entre leurs mains, et la dynastie de Saladin disparut dans le cyclone. Très astucieusement, Bohémond VI qui était le prince d'Antioche, avait joint les troupes mongoles, dont le généralissime, un certain Kitbouqa était un chrétien nestorien. On pouvait alors penser que la délivrance de Jérusalem allait s'accomplir par cette extraordinaire alliance des Francs et des Mongols. Cependant, à cette époque, les barons de Saint-Jean-d'Acre, par peur des jaunes, s'y refusèrent. Ils préféraient s'entendre avec les Musulmans d'Egypte. Grâce à quoi les Mamelouks conduits par Baibars purent arrêter l'attaque mongole en Galilée et les poursuivre jusqu'en Mésopotamie, pour enfin les rejeter en Perse.

En 1263, il s'emparait de Nazareth et de Bethléem et de Césarée en 1265. Il occupa l'Arménie du Taurus, Arsouf et les principales forteresses des Templiers de Jaffa et d'Antioche en 1268. Les fortfications de Saint Jean-d'Acre qui avaient été consolidées ou édifiées par saint Louis pendant son séjour, résistaient encore.....mais pour combien de temps ? La ruée des Mamelouks à travers la terre Sainte désola la Chrétienté. Abandonnerait-on ces lambeaux qui nous restaient encore du royaume de Jérusalem ? Renoncerait-on définitivement à reconquérir un jour les Lieux Saints ? Céderait-on pour toujours aux menaces de l'Asie suspendues par l'action des Croisades ?

Le Roi se désespérait de voir retourner à l'islam les territoires qui avaient été reconquis. Il lui était insupportable de penser que le tombeau du Christ restait aux mains des Musulmans, et de voir le christianisme disparaître peu à peu de ces pays lointains. Dès lors, le projet d'une nouvelle Croisade devint chez lui une volonté inflexiblement arrêtée, d'autant plus que le Pape Urbain IV parlait de reprendre la Croisade. Pourtant mal remis de ses souffrances d'Egypte, le Roi annonça sa décision de repartir en croisade durant le carême de 1267.

Le 25 mars 1267, le Roi de France convoqua ses barons et tous ses vassaux à une grande réunion qui se tint à Paris.

Les assistants en devinèrent bientôt l'objet et à l'idée de voir partir le Roi une seconde fois, la plupart des Conseillers jugèrent sévèrement l'annonce que le fit le Roi de son départ. Un grand nombre de barons et de croisés de la septième croisade se refusèrent de partir en Terre Sainte. Joinville, le sénéchal de Champagne, son fidèle ami et cher compagnon, refusa de l'accompagner. Le Roi qui trouvait en lui le compagnon idéal, en fut profondément chagriné.

Mais le Roi fut inébranlable, il avait décidé de partir et aucune remontrance ne put changer sa résolution. Il déclara donc qu'il prenait la croix avec ses trois fils, Philippe l'héritier du trône, alors âgé de vingt-deux ans, Jean-Tristan et Pierre qui n'en avaient que dix-huit et dix-sept, et avec eux le comte d'Eu, le comte de Bretagne, Thibaut, roi de Navarre, le mari d'Isabelle et un nombre important d'autres seigneurs.

Pendant trois ans, le Roi prit ses dispositions pour organiser et équiper l'expédition qu'il allait diriger.

Ces trois années furent bien employées, d'abord au rétablissement de sa santé, de façon à pouvoir monter à cheval et à commander l'armée. Il traita avec les Génois pour la flotte de transport. Il négocia avec le roi du Portugal et avec le roi d'Angleterre pour qu'ils prissent la croix, le premier en personne, le second par l'envoi de son fils Edouard et il réclama l'aide de son frère Charles d'Anjou, devenu roi de Sicile, soit pour le ravitaillement et les bêtes de trait plus faciles à fournir de son île rapprochée du continent africain, soit pour les contingent militaires. Il ne négligea rien.

Le 24 mai 1270, le Roi reçut à l'abbaye de Saint-Denis, des mains du Légat du Pape, l'écharpe, le bourdon et l'oriflamme. Le lendemain il se rendit pieds nus à Notre-Dame de Paris, accompagné de ses trois fils. De là il s'en fut coucher au Château de Vincennes. C'est à Vincennes qu'il fit ses adieux à la reine Marguerite en larmes, qu'il ne devait plus jamais revoir. Le Roi s'achemina vers Sens où il s'était marié, puis par Vézelay et Cluny, ensuite par Lyon et Beaucaire. Il arriva enfin à Aigues-Mortes où il allait s'embarquer comme la prermière fois. Les nefs de Gênes n'étaient pas encore arrivées au port et il fallut les attendre. Cela commençait bien. Délai fâcheux, et même dangereux parce qu'il reculait la date de l'expédition sous un climat défavorable par la chaleur. Le Roi constata également la diminution de l'élan religieux au nombre restreint de croisés. L'élan et l'enthousiasme qui soulevaient le Roi de France n'avaient pas réussi à entraîner autant de volontaires que lors de la précédente Croisade vingt-deux ans plus tôt. L'enthousiasme d'antan avait tout simplement fondu.

Grâce aux négociations entamées avec Venise, nous savons avec précision que les effectifs de la deuxième Croisade de saint Louis, s'élevaient à une dizaine de milliers d'hommes dont 7.300 combattants car il faut se rappeler qu'à cette époque, ni les écuyers ni les pages ne combattaient.

Finalement, le 1 juillet 1270, le Roi vit arriver les nefs avec son frère Alphonse de Poitiers suivi par son autre frère Charles d'Anjou. Enfin, il put s'embarquer avec Robert d'Artois son neveu dont le père était mort à Mansourah. S'étaient également joint au Roi, le duc de Bretagne, les comtes de la Marche, de Soissons et de Saint-Pol et Thibaud de Navarre son gendre. Le 11 juillet 1270, la huitième Croisade mit à la voile.

Deux jours après la mise à la voile, la flotte royale fut prise dans le golfe du lion par une de ces tempêtes méditerranéennes dont j'ai eu l'occasion de connaître la violence à bord du Napoléon entre Nice et la Corse.




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MessageSujet: nnnnnn   Mer 11 Jan - 21:43


                 



Enfin après huit jours de traversée mouvementée, la flotte fit relâche à Cagliari en Sardaigne. La Sardaigne, réputée pour son hospitalité, reconnaissait alors la suzerainté des papes, mais son commerce était disputé entre Génois et Pisans. Les habitants, montés par les marchands de Pise plus nombreux contre les marins génois, firent mauvais accueil aux croisés, craignant d'être rançonnés et pillés comme c'était alors la coutume chez les gens de guerre. La garnison du château, surtout, se montrait hostile. Le Roi de France parla d'autorité, comme il le savait faire et la ville s'ouvrit. Les habitants rassurés se contentèrent de doubler ou même tripler le prix de leurs marchandises puisque l'ordre serait respecté et leurs denrées payées. Les contingents français et étrangers qui étaient partis de Marseille rejoignirent le gros de la flotte, et avec eux le roi Thibaut de Navarre et la reine Isabelle, heureuse de retrouver son illustre père, Alphonse comte de Poitiers et de Toulouse, fidèle à suivre son frère comme la première fois, le cardinal-légat Rodolphe d'Albano, les comtes de Bretagne, d'Eu, de Flandre et de Luxembourg, enfin nombre de chevaliers français et quelques religieux réguliers.

Le Roi réunit en Conseil de guerre en compagnie de ses vassaux, sur la nef royale, fit part du but de l'expédition, et  exposa les raisons pour lesquelles il avait choisi, non pas la Palestine comme on pouvait s'y attendre, mais  Tunis, avec le débarquement dans la rade de Carthage. Pourquoi Tunis, apparemment si éloignée de la Palestine ?

C'est que la Tunisie était à cette époque possession égyptienne, comme la Palestine. Et c'est de ces terres que les sultans d'Égypte tiraient leurs principales ressources. Frapper Tunis, c'était frapper l'Égypte au point sensible. Les raisons du Roi parurent convaincantes et elles furent unaninement approuvées.

La Tunisie était alors administrée par les princes hafsides. Elle était un mélange de Berbères, d'Arabes infiltrés depuis des siècles et d'Andalous émigrés. Elle entretenait un grand mouvement commercial avec la Sicile, comme avec les marchands de Gênes, de Pise, de Venise, et de Marseille.

Quelles furent donc les causes déterminantes de l'expédition de Tunis, choisie de préférence à l'Égypte et à la Syrie par le Roi ? En général, les historiens attribuent ce choix à l'influence de Charles d'Anjou, roi de Sicile et frère de Louis IX. Fort ambitieux et voisin du continent africain, il avait promis à son frère un large concours si la Tunisie était attaquée. Il espérait bien en tirer profit.

Mais la cause principale, sinon l'unique, serait la cause spirituelle. En effet, le Roi espérait obtenir la conversion du sultan Al-Mustancir dont on disait qu'il s'intéressait à la religion chrétienne. Il jugeait que celle-ci entraînerait celle de tout le peuple tunisien. D'immenses perspectives s'ouvraient ainsi devant les yeux de saint Louis. Il voyait dans l'avenir le nord de l'Afrique et, plus bas, ce continent noir si mal connu, presque inconnu.

Le Roi bénéficiait d'un Service de renseignements composé de religieux, de marchands, de marins venus des ports africains, et de son frère Charles d'Anjou, roi de Sicile. Les Tunisiens infestaient les mers; ils empêchaient les secours d'arriver aux princes chrétiens de Palestine; ils étaient le centre de liaisons avec les Maures du Maroc et d'Espagne. Il importait donc de détruire ce repaire de brigands pour rendre plus facile les expéditions en Terre Sainte. La Croisade précédente, bien qu'elle datât de vingt ans, laissait encore des souvenirs, de mauvais souvenirs avec trop de morts et de prisonniers en Égypte. Le 16 juillet, la flotte royale appareilla devant Cagliari, direction Tunis.

Le 18 juillet au soir, la flotte des Croisés entra dans la rade de Carthage, mais tout de suite c'est la déception, car des troupes hostiles se tiennent à l'entrée du port. Le Roi est préoccupé contrairement à ses espérances, le sultan de Tunis ne se montrant pas du tout amical. Mohamed Mostanser se retranche dans la ville et appelle sans attendre, les Mamelouks à son secours.

Le Roi qui avait gardé le souvenir de la bataille, de la victoire de Damiette, était sur ses gardes. Il s'attendait à la résistance ennemie et il donna l'ordre prudent de demeurer en mer toute la nuit pour débarquer seulement au jour. Il se méfiait d'une attaque nocturne. Le matin, sur le rivage, se massèrent des bandes de cavaliers. L'ordre de débarquer fut alors donné et exécuté sans aucune difficulté. Devant la ferme attitude des Croisés, les contingents sarrasins expédiés en avant-garde, sans ordres définis, se retirèrent à peu près sans combattre, mais non sans subir quelques pertes. Ceux des Musulmans qui s'opposèrent au débarquement furent rapidement balayés par les troupes royales et s'enfuirent en désordre.

Le sultan disposait de deux armées, l'une du côté du cap Bon, parce qu'il n'avait pas deviné au juste le lieu du débarquement, l'autre devant Tunis. Il ne chercha pas à livrer de bataille rangée pour porter immédiatement un coup direct à son adversaire, le déloger et le contraindre à la retraite, et cependant le Roi de France n'était pas en forces.

Ce fut au départ une guerre d'escarmouches et d'embuscades qui ne prit quelque importance que pour la conquête de la tour aux eaux douces, laquelle fut enlevée dès le premier assaut et gardée malgré les offensives réitérées des musulmans pour la reprendre. Puis, ce fut l'attaque du vieux chàteau démantelé qui remplaçait tant bien que mal l'ancienne et formidable citadelle carthaginoise : elle aussi fut rapidement couronnée de succès et même une partie de la garnison périt étouffée dans les souterrains, tandis que les combattants au grand jour prenaient la fuite.

Les Sarrasins qui revenaient sans cesse à la charge et harcelaient les troupes royales, revinrent en forces. Ils usèrent d'un procédé déloyal, se présentant par petits groupes qui demandaient le baptême en manifestant des signes d'amitiés aux Croisés et qui par conséquent furent acueillis amicalement. Mais sitôt qu'ils se rapprochèrent assez nombreux, ils sortir soudainement leurs armes qu'ils avaient dissimulées et se précipitèrent à l'attaque, massacrant une centaine de Croisés. Malgré la perfidie de cette manoeuvre ils furent repoussés avec force par les soldats du Roi. A partir de ce moment, les Croisés étaient sans cesse sur leur garde et les illusions du Roi, qui avait cru venir en Afrique comme un apôtre militaire, s'évanouissaient.

L'ennemi ne comptait que des échecs, mais il se livrait à des attentats, à des guets-apens continuels, profitant des moindres accidents de terrain,  des boqueteaux d'oliviers, des pans de murailles restés d'anciens remparts, de ce manque de surveillance que le commandement devait sans cesse réprimer, pour se glisser en rampant jusqu'aux abords du camp, pour y égorger les sentinelles endormies ou surprises, et même jusque dans le camp pour y assassiner quelque chevalier.

Le Roi avait retrouvé d'emblée, à la tête de l'armée, ses qualités militaires. Il redoubla de vigilance, donna des instructions les plus sévères pour la relève des gardes, fit entourer le camp d'un fossé, interdit aux barons et sergents de sortir à la recherche de coups de main et de combat singuliers. Le camp des Croisés était situé sur un espace étroit, ne disposant pas d'eau potable à l'intérieur de ses limites. Pour atteindre le puits le plus proche, il fallait livrer bataille. Cette situation était d'autant plus pénible que c'était l'été, et que le climat, auquel les Français n'étaient pas habitués, était des plus durs. Pour comble de malheur, les Sarrasins envoyaient sur le camp des nuages de sable brûlant qui déssèchaient les poumons et augmentaient la soif des troupes. L'attente dans ces conditions, risquait d'être désastreuse. Saint Louis voulait aller de l'avant tout de suite; mais l'entourage du Roi lui fit remarquer qu'il fallait attendre Charles d'Anjou avec ses importants renforts afin de pouvoir attaquer Tunis avec le maximum de force.

Le Roi aurait souhaité marcher sur Tunis, mais la principale objection à cette offensive immédiate venait de la promesse que lui avait arrachée son frère, Charles d'Anjou, Roi de Sicile. Charles devait lui amener des renforts qui doubleraient ses effectifs : de plus, il désirait prendre part à l'expédition et, plus encore, au traité qui suivrait à cause des affaires commerciales considérables qu'entretenait la Sicile avec la Tunisie.

Le Roi avait promis, mais son frère, en n'arrivant pas, le déliait de toute promesse. Il récupérait le droit d'agir seul et comprenait d'autant plus l'importance du temps gagné que la saison trop chaude demeurait grosse de germes d'épidémies et de contagion qui avaient décimé l'armée d'Égypte.

Perdant patience, il consulta ses barons selon sa méthode, quitte à prendre seul ensuite la responsabilité de la décision, fut-elle contraire à leur avis, comme le cas s'était déjà présenté. L'assemblée qu'il tint l'engagea à attendre les renforts du roi de Sicile. Le Roi, vraisemblablement, eût passé outre. Il y renonça : déjà il était trop tard. Le mal s'était déclaré dans l'armée et les hommes commençaient à mourir comme des mouches et Charles d'Anjou n'arrivait pas avec son ravitaillement et ses renforts...

Si la flotte génoise avait été affrétée plus tôt pour appareiller dans le port d'Aigues-Mortes, comme l'avait réclamé le roi de France, si Charles de Sicile avait rejoint à la date fixée son frère à Carthage, il est plus que vraisemblable que la campagne se fût promptement terminée par la prise de Tunis. Cette expédition tunisienne eût précédé de six siècles et demi celle d'Alger qui eut tant de retentissement dans tous les pays barbaresques.

Le sultan Al-Mustancir eut donc tout loisir pour organiser la défense de sa capitale et pour faire appel aux grands cheiks de Constantine, de Bougie, de Kairouan qui lui envoyèrent des soldats. Le commandement suprême fut confié à Yahya-Ibn-Saleh-al-Hentati et le camp musulman installé devant la ville, dans les parages de l'actuelle Aouissa. Parmi les chefs que le sultan réunissait sous sa grande tente ornée de précieux tapis, prenaient place deux déserteurs chrétiens, Frédéric de Castille et Frédéric Lancia, ennemis personnels de Charles d'Anjou et passés à l'ennemi en haine du Sicilien, de celui qu'ils considéraient comme l'usurpateur de la Sicile.




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MessageSujet: Re: ENSEIGNEMENT et TESTAMENT DE SAINT LOUIS À SON FILS PHILIPPE   Mer 11 Jan - 21:47


                 

Au camp français une épidémie de dysentrie bacillaire s'était déclarée, favorisée, développée par la chaleur, le régime alimentaire, probablement aussi le régime des eaux, l'eau des puits ayant été contaminée. Les vivres aussi étaient gâtées et la maladie se répandait rapidement dans le camp, lequel était harcelé en permanence par les Sarrazins. Dans les livres d'histoire on a souvent fait référence à la peste de Tunis, mais en réalité, il s'agissait d'une épidémie de dysentrie, de typhoïde et de typhus.

Le malheur égyptien recommençait.

La tente de saint Louis se trouvait sur la colline de Byrsa, presque au sommet, haute et bien défendue. Le soir, le vent s'y élevait et rafraîchissait la température brûlante de l'été tunisien. Elle dominait le camp dans la campagne environnante et on pouvait la voir de loin. L'accès auprès de lui était plus facile, la transmission de ses ordres en était plus rapide. Le Roi habita donc cette tente, du 18 juillet, date du débarquement, au 25 août, date de sa mort. Cette tente avait une forme conique appelée pavillon tandis que d'autres étaient en forme d'un toit à deux eaux appelées trefs; d'autres encore, plus carrées et qui pouvaient constituer de véritables appartements. L'aménagement de la tente du Roi lui permettait d'y recevoir son conseil, d'y tenir audience, d'y entendre les offices religieux.

Les attaques des Sarrasins étaient toujours repoussées.  Le Roi continuait de donner ses instructions pour les petites expéditions bien organisées de patrouilles dans les campagnes environnantes afin d'assurer le ravitaillement en bétail dans l'attente du ravitaillement sicilien de Charles d'Anjou.

Le 3 août l'épidémie fit une première victime royale, le jeune prince Jean-Tristan agé de vingt ans, fils de saint Louis et comte de Nevers, né à Damiette en 1250.  Au cours de la précédente Croisade, la Reine Marguerite de Provence, dans une inquiétude mortelle au sujet du Roi, l'avait surnommé Tristan. On n'osa pas annoncer sa mort au Roi qui en même que son fils, s'était senti souffrant. Trop faible, il n'avait pu visiter son fils malade. Ce n'est que quelques jours plus tard que son confesseur lui fit part de la terrible nouvelle. Le Roi en eut tout d'abord un chagrin immense qu'il ne put calmer, puis il se soumit à la destinée. Sa fille Isabelle de France, la Reine de Navarre était heureusement près de lui.  

Le Roi s'efforça néanmoins de dissimuler son mal et de cacher la douleur qu'il ressentait de la mort de son fils bien aimé. On le voyait, la mort sur le front, visiter les hôpitaux. Des oeuvres du saint il passait aux devoirs du Roi, veillant à la sûreté du camp, montrant à l'ennemi un visage intrépide ou, assis devant sa tente, rendant la justice à ses sujets comme sous le chêne de Vincennes. Il ne cessa de donner ses ordres jusqu'au bout et la sortie du 17 août pour dégager les abords du camp des troupes ennemies et entretenir le moral de l'armée royale, fut encore son oeuvre, tout son entourage préférant l'attente du roi de Sicile. Malgré le mal qui le rongeait, le Roi avait repris quelque espoir. Il accepta la mort de son fils JeanTristan et rassura son entourage, tout en donnant des ordres pour que l'on isole les malades de l'épidémie. Mais bientôt il fut la proie des plus cruelles et des plus humiliantes souffrances et, présageant à son affaiblissement rapide la fin inévitable et prochaine, il regarda la mort en face et s'y prépara avec ce courage, digne de la sérénité des morts chrétiennes.
La maladie du Roi empirait rapidement et pendant quatre semaines encore, son agonie allait se prolonger.

Durant quatre jours, ayant sa pleine connaissance, il resta sans voix. Au cours de ses moments de lucidité, il continuait à donner des ordres à l'armée. La plupart du temps, sa voix ne s'entendait plus guère, le mouvement des lèvres y suppléait. Pour ne pas apitoyer son entourage par le spectacle de ses souffrances, il s'efforçait de sourire, surtout à sa fille Isabelle qui ne le quittait pas. Comme il avait fermé les yeux, l'assistance crut que c'était l'agonie mais il les rouvrit en récitant une prière.

Le 25 août 1270, au lever du jour, alors qu'il attendait la mort sans angoisse, inquiétude ou doute, ce corps vidé, épuisé et déjà froid, demanda à Dieu d'avoir pitié...<< de ces pauvres gens que j'ai amené ici et reconduis-les dans leur pays afin qu'ils ne tombent pas aux mains des infidèles et qu'ils soient obligés de renier leur foi. >>

A l'annonce de la mort imminente du Roi, toute l'armée en pleurs entourait sa tente. Il eut encore la force de demander qu'on l'étendit sur une couche de cendres, symbole de pénitence, les bras en croix. A midi, il s'éveilla brièvement, prononçants les mots qui furent ceux du Christ en croix :...<< Père, je remets mon âme entre tes mains. >>

Vers trois heures de l'après-midi, le Roi de France rendit le dernier soupir, à la même heure où Jésus-Christ mourut sur le Calvaire. Sa fille Isabelle lui ferma les yeux pour toujours. Il était âgé de cinquante-six ans et quatre mois. La nouvelle se répandit dans tout le camp, et ce fut une lamentation déchirante en provenance de tous ces braves soldats Francais, qui pleuraient leur père et leur Roi.
A l'heure même où saint Louis rendait l'âme, la flotte de Charles d'Anjou avec ses renforts d'hommes croisés de Sicile et de ravitaillement fit son apparition, sauvant ainsi l'armée croisée. La campagne et les collines étaient couvertes de l'armée des Maures. A peine débarqué, on fit part au Roi de Sicile de la mort de son frère le Roi de France. Il demanda sans tarder qu'on le conduise vers la tente de son frère Philippe qui etait maintenant Roi de France, mais on lui déconseilla de s'y rendre du fait que le nouveau Roi était encore malade et que l'on ne désirait pas encore l'informer de la terrible nouvelle, de crainte d'aggraver son cas. Son frère Alphonse, comte de Poitiers, le dirigea donc vers la tente où gisait le corps du Roi, dans laquelle il se précipita en larmes. Ce géant fit montre d'une grande douleur en se jetant aux pieds de son défunt frère. Après la veillée funèbre, Alphonse lui fit l'hospitalité de sa tente. Et le lendemain, les deux frères se rendirent ensemble auprès de Philippe III, qui avait été averti par sa soeur Isabelle. Les trois hommes tinrent un premier conseil de guerre et il fut décidé que jusqu'au complet rétablissement du nouveau Roi de France, Charles d'Anjou exercerait le commandement qu'ils partageraient ensuite pour mener à bien la Croisade contre Tunis. Quand Charles d'Anjou sortit de la tente, il reprit contenance car il fallait maintenir le moral de l'armée; et sa venue fut fort bien accueillie, car on sentait le besoin d'une direction ferme. D'autant plus que l'armée de saint Louis était pratiquement décimée. Les soldats de l'armée royale exposés aux ardeurs dévorantes du soleil d'août et aux tourbillons de sable, succombaient les uns après les autres d'épuisement, de faim, de soif et de maladie. C'était véritablement l'hécatombe. Le camp était couvert d'une odeur pestilentielle effroyable alors que l'on jetait les cadavres dans les fossés qui l'entouraient.

Le jeune Philippe III, l'héritier au trône de France, prenait donc, en Afrique, la suite de son illustre père. Il la prenait dans l'affliction et la maladie dont il se retablissait lentement. Il devait, pour le commandement de l'armée royale, s'adjoindre à son frère Charles d'Anjou, roi de Sicile, dont les contingents débarqués, doublaient presque les effectifs des croisés. Au début, Charles d'Anjou conduisait les opérations militaires seul, du moins jusqu'à ce que Philippe pût monter à cheval et occuper son poste d'honneur et de responsabilité.

Les Sarrasins continuèrent leurs attaques et le comte de Soissons qui commandait le corps de bataille, interdit que l'on s'écartât trop loin du camp. Le maréchal de Pressingy qui venait de remplacer Gautier de Nemours et quelques autres qui enfreignirent la consigne, se firent tuer par l'ennemi. Lorsqu'il ne bataillait pas, Charles d'Anjou prenait le temps de visiter les malades et les blessés ou passait les troupes en revue. C'est alors que l'épidémie commença à décroisser. Bien vite, il remonta le moral des troupes en leur promettant la victoire et la prise de Tunis avec son butin, et enfin le retour au pays.






               
C'est le 4 septembre 1270 que Charles d'Anjou, qui était un formidable guerrier, passa à l'offensive à la tête des troupes royales. D'un esprit ingénieux, il découvrit que le chenal qui joignait la mer au lac de Tunis était praticable et mal gardé par les Sarrasins. Sans tarder, il s'empressa à y faire passer de petits bâtiments de faible tonnage afin d'attaquer la ville par mer et par terre ensemble.

Pendant ce temps, le sultan Al-Mustancir qui craignait pour sa capitale, pressa ses généraux de contre-attaquer immédiatement. Mais leur armée fut repoussée par Charles d'Anjou avec des pertes considérables. Il faut dire que les Croisés qui étaient déchaînés, avaient à coeur de faire triompher la cause du Roi et se battirent comme des lions. Nos archers et arbalétriers firent de terrible ravages dans les rangs Sarrasins qui s'enfuir, laissant leurs morts sur le terrain, afin de regagner rapidement leur camp devant Tunis menacée.

Le sultan qui était dépassé par les évènements, envoya à Charles d'Anjou des négociateurs qu'il reçu courtoisement mais avec méfiance, ayant dans le passé fait l'expérience de la mauvaise foi et de la fourberie musulmanes. Philippe III enfin rétabli, rejoignit son frère, le roi de Sicile, sur le champ de bataille. Le jeune roi, à l'exemple de son illustre père, était très courageux. Il était tellement courageux qu'on lui donna le surnom de Hardi.

Après consultation, ils décidèrent de rompre les négociations languissantes et reprirent les opérations militaires. Philippe avait hâte de montrer aux troupes qu'il était le digne successeur au combat du vainqueur de Saintes, de Damiette et de Mansourah. Donc, le 2 octobre, à la tête de l'armée royale, il donna l'ordre d'offensive et toute l'armée marcha sur le camp Sarrasin qui fut enlevé dans une charge irrésistible.

A nouveau, l'ennemi n'eut d'autre recours que de s'enfuir vers Tunis tandis que leur camp fut pillé comme de coutume. Le sultan était consterné de cette seconde défaite, qui était actuellement beaucoup plus importante que la première. Il était maintenant d'autant plus déterminé à traiter avec les deux rois, que l'épidémie de dysentrie commençait à se répandre parmi ses troupes faisant des ravages. De plus, les contingents Arabes nomades et Bédouins de son armée, lui annoncèrent leur prochain départ. Le sultan redoutant une prolongation de la guerre, Philippe III et Charles d'Anjou eurent la partie belle car la conquête de Tunis semblait certaine.

Mais alors que les troupes françaises se préparaient à l'assaut final, le 30 octobre, des préliminaries de paix furent établis, et d'un commun accord, le sultan donna son approbation. Le traité donnait satisfaction aux Croisés avec la libération des prisonniers, la sécurité réciproque pour les voyageurs et les commerçants dans toute l'étendue des territoires, le droit des religieux chrétiens de construire des édifices de culte et d'officier librement, plus une indemnité de guerre considérable en or. Le Roi de Sicile obtenait pour sa part, le règlement de l'arriéré du tribute qui lui était dû. Un des derniers voeux de saint Louis sur son lit de mort << l'enseignement de la religion chrétienne dans toute la Tunisie, devenait ainsi réalité. >>


On peut regretter que les Croisés aient laissé échapper Tunis aussi facilement, car cette belle proie était à portée de leurs armes. Le retentissement de sa chute eût sans doute frappé de stupeur l'Egypte et peut-être même la Syrie. Retardé vraisemblablement la perte de Jaffa et de Saint-Jean d'Acre. Qui sait, peut-être également poussé la Chrétienté à leur porter un secours massif. Mais il semblerait qu'en la circonstance, saint Louis n'aurait pas approuvé la continuation d'une campagne devenue inutile, puisque le traité ouvrait la route non seulement au commerce et aux échanges, mais à cette pensée religieuse qui fut jusqu'à ses derniers instants son essentielle préoccupation. De plus, d'un côté, le nouveau souverain Philippe III avait hâte de regagner la France, de l'autre, Charles d'Anjou n'était pas entièrement rassuré sur les menées aragonaises en Sicile. Ce traité leur rendait toute liberté d'action. Le sultan Al-Mustancir sauvait ainsi sa capitale d'un pillage certain, et sans tarder il reprit des relations normales avec les chrétiens.

Toujours est-il qu'en novembre 1270, Philippe III et Charles d'Anjou se rembarquèrent avec leurs troupes pour la Sicile. Ils emportèrent avec eux dans un cercueil, les ossements de saint Louis et dans un écrin son coeur et ses entrailles. L'arrivée de charles d'Anjou et son habileté diplomatique empêchèrent de tourner au désastre. Paradoxalement, la huitième Croisade rendit possible une amitié entre La France et la Tunisie qui dure encore. Saint Louis que les musulmans appelaient...<< le Sultan juste >> y trouva sa sainteté amplifiée auprès de ses adversaires. Il faut rappeler qu'une partie des restes du Roi de France  sont enterrés à Carthage où une tombe saint Louis peut encore être visitée aujourd'hui tandis qu'un monument religieux s'élève à l'endroit où il est mort.

Saint Louis s'était pris à rêver de voir revenir à la foi chrétienne cette terre d'Afrique, surtout Carthage, où vécu Saint Augustin.

Désormais l'histoire du royaume franc d'Orient n'est plus que le récit d'une marche vers la mort.

La décadence morale y progressait à grands pas : rivalités entre Génois et Vénitiens, Templiers et Hospitaliers, communes et seigneurs, la dissension était partout. De véritables guerres civiles se déroulèrent, inexpiables : Bohémond VI d'Antioche alla même jusqu'à faire murer vivant un de ses vassaux révoltés. L'islam attendait son heure tandis que l'Occident, découragé, semblait se désintéresser de la Terre Sainte. L'intervention énergique du prince Edouard d'Angleterre futur Edouard 1er, donna quelques années de répit, mais on ne su pas en profiter.


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